Formations de l’Ecole du Théâtre aux Mains Nues

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Vous souhaitez vous former à la marionnette?

Vous ne savez pas vers quel type de formation vous orienter?

Suivant votre parcours, vos objectifs, l’Ecole du Théâtre aux Mains Nues propose différents types de modules:

  • Formation annuelle:  Dite intensive, cette formation se déroule du 15 octobre au 18 mars 2015 , pour une durée totale de 507 heures, du lundi au jeudi de 9h à 17h. Deux moments de présentations publiques jalonnent le parcours, en décembre pour le projet collectif, en février pour les projets individuels.  Les principaux axes d’apprentissage sont, entre autres, l’entraînement régulier à la manipulation et à l’animation de la marionnette à gaine, l’approche par analogie et par expérimentation d’autres types de marionnettes (tringles, bunrakus, ombres, matières, objets, images).
  • Formation mensuelle: Ouverte à toute personne ayant déja une expérience théâtrale et/ ou artistique de deux ans minimum, souhaitant y ajouter l’art du marionnettiste, cette formation se déroule du 25 septembre 2015 au 19 juin 2016, un week-end par mois. Il s’agit d’apprendre à fabriquer une marionnette à gaine (modelage, papiétage, coupe, couture), à l’animer, lui prêter sa voix, développer son action dramatique en co-relation avec ses partenaires de jeu et créer un projet personnel orienté vers une thématique commune.
  • Ateliers d’interprétation: Tous les mercredis de 19h à 22h, ces ateliers proposent d’aborder, de manière indépendante,  trois aspects essentiels de l’interprétation en marionnette: – l’atelier Geste et marionnette , au premier trimestre, sera dirigé par Yasuyo Mochizuki.  – Au deuxième trimestre, l’atelier Voix et marionnettes, sera dirigé par Gaëlle Lecourtois. – Au troisième trimestre, Narration et marionnettes sera dirigé par Jeanne Vitez.
  • Ateliers de fabrication: Six week-ends pour apprendre la fabrication de marionnettes à travers divers matériaux: la terre et le plâtre (le moulage), le papiétage (têtes et mains), le tissu (corps et gaine), bois, métal et PVC (squelette et articulations), le papier (du plan au volume), lumière et écran (théâtre d’ombres)
Formulaires d’inscriptions, renseignement sur les possibilités de financement et tarifs sur demande ou téléchargeables sur notre site internet/ au 01 43 72 60 28.

Journée Portes Ouvertes du TMN

Journée Portes Ouvertes des formations

Samedi dernier avait lieu notre Journée Portes Ouvertes des formations du Théâtre aux Mains Nues, un moment de rencontre entre ceux qui s’intéressent à notre formation et ceux /celles qui en sortent. Les images de cette journée de partage ponctuée de « haïkus pédagogiques.

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Sauve qui peut la vie !: le projet collectif est lancé!

La troupe de l’école du Théâtre aux mains nues voit grand !

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Cette année, ce sont les textes de Boris Vian, figure mythique de l’après-guerre, qui nourriront notre travail.

Mort à l’âge de seulement 39 ans, en 1959, le fameux Boris est pourtant l’un des auteurs les plus prolifiques de ces années de liesse qui suivent les souffrances de la seconde guerre mondiale.Tour à tour musicien de jazz, critique et auteur des textes littéraires emblématiques qu’on lui connaît si bien, son œuvre passionnante et protéiforme nous donnera pourtant bien du fil à retordre !

Pour la première fois, la formation annuelle menée par Eloi Recoing, metteur en scène et directeur artistique du théâtre, s’attaque à une multitude de textes qui ne relèvent pas de l’écriture théâtrale. Face à un corpus si vaste, le premier défi du groupe sera celui du choix ! Quels textes ? quels matériaux ? et pour quelles marionnettes ? Toute l’unité dramaturgique reste encore à construire.

Le projet est ambitieux. S’il nécessite, comme chaque année, d’expérimenter et d’éprouver scéniquement différentes formes d’expressions marionnettiques, cette fois-ci – et c’est une nouveauté ! – les élèves devront aussi donner de la voix et….chanter ! Impossible de laisser de côté les textes savoureux du Vian jazzman : La Java des bombes atomiques, J’suis snob, La Complainte du Progrès, Le Déserteur Grâce à Gaëlle Lecourtois, notre professeure de chant, et David Recoing, notre musicien qui sera présent pour nous accompagner sur scène, on vous en promet un dépoussiérage en règle !

Marionnettes (gaines, marionnettes portées, muppets…), chants, jeux d’acteurs : vous l’aurez compris, cette année, le projet collectif de la formation annuelle prendra la forme d’un cabaret jubilatoire, animé par les textes à l’ironie souvent grinçante d’un Vian qui a traversé les heures les plus sombres de l’Histoire. Nous serons amenés à parcourir une palette d’émotions d’une rare richesse. Entre antimilitarisme viscéral, rire grinçant et provoc’, le spectre de la mort n’est pourtant jamais bien loin. Les thèmes abordés par Boris Vian retentissent encore aujourd’hui dans l’inconscient collectif et c’est à travers une joyeuse danse macabre qu’on s’apprête à lui rendre un hommage décapant.

A nous maintenant de donner une unité à tout cela et de créer un spectacle harmonieux et cohérent d’un point de vue dramaturgique. On a du pain sur la planche… en espérant terminer avant d’avoir du vent dans nos crânes…En attendant, je vous propose de suivre régulièrement l’avancée des travaux, ici même, sur notre blog.

Rendez-vous les 18 et 19 décembre prochains à 20h au TMN pour découvrir l’aboutissement du travail. 

Sauve qui peut la vie !, d’après Boris Vian
Un projet collectif des élèves de la formation annuelle du Théâtre aux Mains Nues,
Mise en scène et dramaturgie dirigées par Eloi Recoing
Construction des marionnettes et scénographie guidées par Einat Landais
Direction du chant : Gaëlle Lecourtois
Musique : David Recoing
Régie générale : Romain Le Gall
Assistante à la mise en scène : Shirley Niclais
Avec l’aide précieuse de Noémie Géron, responsable des formations au TMN

 

ERWIN MOTOR / DEVOTION: 7ème et dernière semaine

Lundi 2 avril : La semaine finale du stage au Théâtre aux Mains Nues commence, comme toujours, par une séance de travail vocal dirigé par Gaëlle. Le groupe travaille notamment sur la chanson gospel « Like a river » qui fait partie de la première scène. Ils travaillent aujourd’hui sans mettre beaucoup d’accent sur le texte, ce qui donne l’impression d’un petit opéra qui se passe sur scène. Gaëlle conseille au groupe : « Je veux que l’accent soit plutôt sur chaque individu ; là, vous êtes entrés un peu trop rapidement dans un groupe ! Je veux que ça deviennent petit à petit un ‘spirituel’ » (c’est-à-dire une chanson qui met en avant chaque chanteur à son tour). Gaëlle conseille aussi aux étudiants de chanter avec « une sourire dans le ventre, » et les résultats sont efficaces – tout le monde semble se détendre en même temps.

Par rapport à cette idée de sourire, Gaëlle et Léa (la stagiaire qui joue le rôle de Madame de Merteuil) expérimentent également avec l’idée de chanter l’air de la Reine de la Nuit en riant – ce qui va vraiment bien avec le personnage de Madame de Merteuil, étant donné que le résultat ressemble aux caquets d’une sorcière ! En refaisant ensuite une scène entre les personnages de Cécile et M. Talzberg, on écoute au fond de la scène le chant de Mme de Merteuil, cachée de la vue ; c’est très menaçant comme effet.

Gaëlle travaille prochainement avec Louis (le stagiaire qui joue M. Talzberg) sur la lamentation de Didon de l’opéra de H.Purcell. Comme son chant est très fort, ils travaillent sur le fait de l’adoucir en se concentrant sur des façons de chanter avec le ventre ; ensuite, ils ajoutent des jeux avec des autres stagiaires qui s’appuyent sur le dos de Louis tandis qu’il chante. Afin de le mettre à l’aise, Gaëlle lui donne une image à laquelle réfléchir : « Imagine que tu t’allonge sur un canapé et chante avec ton dos ! »

Ensuite, on travaille sur l’avant-dernière scène entre Volanges et Cécile (celle dans laquelle il l’implore de l’émasculer) en se concentrant en particulier sur les interactions verbales entre personnages. Aujourd’hui, on ajoute une sorte de « voix-off » (fournie par Léa au fond de la scène) qui fonctionne comme une sorte d’écho déstabilisant des pensées et tensions qui font partie de la scène et du texte. La chanson de Louis est également utilisée (aussi en voix désincarnée) tout à la fin, dès que M. Volanges prononce son dernier mot, « Coupe ! ». Ce mélange d’éléments – de voix, de sons et de sentiments – est vraiment sinistre et attirant.

La journée se termine par un exercice drôle, l’essai de prononcer toute une séquence du texte en remplaçant tous les mots par des fredonnements : « mmm-mm, mm-mmm-mm ! » Je ne dirais pas que le résultat est aussi expressif que le vrai texte d’Erwin Motor, mais c’est quand même un exercice vraiment agréable qui suscite beaucoup de rires du groupe.

Mardi 3 avril : Même s’il est difficile à croire, on est finalement arrivé aux étapes finales de la création d’Erwin Motor. Aujourd’hui, on commence par un planning détaillé de tous les filages et petites répétitions de dernière minute dont on aura besoin avant de passer aux présentations finales.

Eloi Recoing précise encore une fois que Erwin Motor sera présenté comme un travail d’école et non comme un spectacle ; cependant : « Ce n’est pas pour vous faire vous éloigner du projet ! C’est pour que vous sachiez comment se sera présenté. » (Il me semble que cette précision allège un peu le stress des étudiants quand même.) Il précise aussi qu’il faut penser à Erwin Motor comme s’il s’agissait d’une partition musicale, comme si chaque personnage était un instrument muni de sa propre partie dans la partition. « Je vous le dis, je vous le redis pour qu’on soit à l’aise dans notre partage, dans notre approche de cette partition. » C’est une image concrète et précise de la nature de ce partage artistique.

Le jeu global des acteurs avance en même temps que les petits détails de la pièce, tels que l’utilisation des accessoires (par exemple, la lumière fluorescente avec laquelle M. Volanges menace Cécile, dont j’ai parlé la semaine dernière). Par rapport à cet aspect du travail, je trouve que les petits objets sur scène s’intègrent de plus en plus à l’histoire, ce qui est vraiment agréable au niveau visuel. On travaille en plus les transitions entre les scènes, c’est-à-dire les interactions entre les mouvements des acteurs et la « musique de l’usine ». L’enchainement des scènes fait maintenant partie de nos répétitions ; quand une troupe de théâtre commence à travailler soigneusement les connexions entre tout ce qu’ils ont crée, c’est un des indicateurs classiques qu’ils sont sur le point de jouer …

À dix heures pile, on commence un premier filage de la pièce. C’est une expérience satisfaisante que de la voir finalement toute enchainée.

Il reste toujours de petits détails de manipulation à soigner aussi. Par exemple, Eloi précise à une des stagiaires : « Fais attention au regard de la marionnette – et ne décroche pas d’elle non plus ! Dès qu’on sent qu’il y a une déconnexion entre toi et la marionnette, rien ne marche aussi bien qu’avant. » Ils s’arrêtent après la scène 8, où le personnage de M. Volanges s’effondre en larmes, afin de chercher une bonne méthode de faire pleurer la marionnette. Comme le remarque Eloi, c’est dûr de pleurer sur scène (au moins de manière convaincante) – peut-être d’autant plus quand il s’agit d’une marionnette. Il reste du temps pour trouver des solutions, quand même.

Mercredi 4 avril : Aujourd’hui, on commence par travailler sur une des séquences les plus difficiles d’Erwin Motor : celle qui se termine par le cri de Volanges à Cécile : « Coupe ! » On a trouvé un image physique qui marche vraiment bien pour finir cette séquence : la marionnettiste et sa marionnette portée se tiennent debout(s) sur un meuble, les pantalons autour des chevilles, ce qui donne l’impression que la marionnette portée se tient debout jambes nues. Réuni avec le chant égaré de Didon (chanté au fond de la scène par Louis), cette scène commence à donner la chair du poule !

La scène suivante commence à devenir de plus en plus intéressante aussi, surtout à un niveau visuel. Les ouvrières autour de Cécile sont assises chacune dans sa propre boite inclinée à un angle, ce qui ajoute à cette séquence un effet physiquement déstabilisant et parfaitement approprié.

En conseillant tous les stagiaires de « jouer détendus ! » (parce qu’on ne peut jouer mieux qu’en s’amusant), Eloi Recoing leur dit d’aller en coulisses … et c’est parti pour une répétition de la pièce entière.  De plus en plus, l’accent de ces dernières répétitions est mis sur les petits détails qui servent à enchainer les grandes séquences d’Erwin Motor. Il reste toujours énormément de modifications à faire aux lumières, au son, etc. … et pourtant, lentement mais sûrement, la présentation devient unifiée.

L’apparition de Madame de Merteuil est devenue vraiment remarquable : son masque blanc, vu dans le noir, est à la fois effrayant et un peu hypnotisant, tandis que la jambe de Léa (et celle de Paulette à l’autre côté de la scène) donne au personnage de Madame de Merteuil un air légèrement reptilien. Comme le remarque Gaëlle, qui observe la répétition, « Tu as un peu l’air d’un serpent! » Ou bien d’une créature d’autant plus sinistre, étant donné qu’à a fin de la scène Mme de Merteuil semble avaler avec son sexe la marionnette de M. Talzberg ! …

On continue même à travailler sur certains mots  – par exemple le nom « Talzberg, » qui est la traduction de « Valmont » (le personnage des Liaisons dangeureuses) et veut dire « creux et bosse » – donc dans ce mot, il y a beaucoup d’éléments à savourer. En fait, cet exemple me fait poser la question de savoir combien de mots il y a dans nos conversations quotidiennes dont on ne remarque pas les richesses (étymologiques, sonores, etc. … ). Cela fait intrinsèquement partie de l’art théâtral, bien sûr, mais il est facile d’oublier qu’il fait également partie de la vie.

Aussi à un niveau verbal, Eloi rappelle aux stagiaires de faire bien attention aux « suspens dans le blancs, » c’est-à-dire les pauses qu’à écrit (visiblement) Magali Mougel dans le texte. « Il faut travailler avec son suspens et faire en sorte que vous soyez poussés par le verbe [qui précède le silence] ». C’est-à-dire qu’il y a toujours une bonne raison dramatique pour laquelle une phrase ne finit pas. Il faut que chaque acteur l’analyse pour lui-même, et, comme le dit Eloi, « donne des valeurs à ces blancs ! »

Ce qui m’étonne le plus pendant ces dernières étapes de création est la façon dont chaque élément du spectacle, en devenant de plus en plus fort, semble se nourrir de tous les autres éléments. Par exemple, au fur et à mesure que l’utilisation de lumières devienne de plus en plus appropriée aux sentiments de chaque scène, le jeu des acteurs semble également s’enrichir : leurs voix deviennent plus fortes ; leurs intentions deviennent plus claires. Même si cela ne sera « que » une présentation d’étudiants, il est certain qu’elle frappera son public.

Jeudi 5 avril : Aujourd’hui, le jour final du processus du stage, on a finalement l’occasion de voir la présentation finale du travail des étudiants. Bien que ce soit intéressant et riche d’observer le processus de création d’Erwin Motor, il est tout un autre type d’expérience de voir la pièce jouée comme une « vraie » pièce !

La différence la plus visible, bien sûr, est la présence du public (y compris même Magali Mougel, l’auteur de la pièce !). Les spectateurs ajoutent non seulement un nouveau regard extérieur sur Erwin Motor (ce qui a l’effet de rendre la pièce toute neuve pour moi) mais également une nouvelle énergie dans la salle. Celle-ci sert à alimenter fortement l’énergie – et donc le jeu – des étudiants. On aurait l’impression qu’ils n’ont jamais joué la pièce – sauf qu’ils connaissent si bien leur texte, bien sûr …

Une autre différence que je trouve très marquante entre le spectacle en cours de création et en tant que présentation finale concerne l’évolution des transitions entre scènes. Par exemple, je me sens d’autant plus consciente de la façon dont les acteurs humains semblent se transformer en leurs « homologues » marionnettes pendant les premières séquences. L’apparition de Madame de Merteuil et l’étrangeté visuelle de son corps moitié humain, moitié mannequin sont aussi d’autant plus frappantes, en grande partie parce que j’ai l’impression de le voir pour la première fois avec les autres spectateurs. Quand le public rit, je suis rappelée de combien une réplique est drôle ; quand ils restent totalement captivés et silencieux, je me rends à nouveau compte du pouvoir dramatique du texte de Magali Mougel. Pour moi qui ai assisté à tout ce processus de création d’Erwin Motor, c’est en quelque sorte un retour au début des répétitions.

Il est normal que l’énergie des acteurs s’amplifie énormément à un niveau global lors d’un spectacle devant un public. Cependant, je remarque également beaucoup de petits détails qui évoluent à ce dernier stade de leur travail. Par exemple, les relations entre les marionnettes portées deviennent encore plus fortes et crédibles : quand Cécile a un mouvement de recul devant son mari en colère, son langage du corps est si fort qu’on a vraiment impression que la marionnette réagit même indépendamment de ses manipulatrices. En plus, une forte synergie qui s’est développée parmi tous les acteurs, à tel point que personnages et marionnettes semblent en quelque sorte « flotter » sans heurt entre eux ; parfois, on ne remarque même pas qu’un rôle passe d’un acteur à un autre. Tout cela est grâce au fait que les acteurs ont si bien appris, au cours de ce stage, d’être profondément conscients les uns des autres – de leurs rythmes, leurs caractérisations, leurs habitudes sur scène – et de s’y adapter.

Comme je l’ai déjà évoqué, on a souligné tout au long du stage que ce n’est qu’une présentation de travail des étudiants. Cependant, je sens pendant la présentation qu’il n’y a personne dans la salle – y compris les acteurs, leurs professeurs et le public – qui ne croit pas qu’il assiste à un vrai spectacle. Les acteurs animent cette présentation finale avec toutes leurs forces et capacités d’artistes ; ils ont donc l’air vraiment professionnel. Bravo, les marionnettistes, les professeurs et toute l’équipe d’Erwin Motor – bonne continuation, et quel beau travail !

ERWIN MOTOR / DEVOTION – 6ème semaine

LUNDI 26 MARS – Cette semaine, on recommence avec Gaëlle par une série d’exercices d’inspiration et d’expiration qui préparent le groupe pour leur travail qui suit. Ensuite, on passe à des exercices vocaux et physiques afin d’échauffer le corps entier ; comme le remarque quelques stagiaires, « Ça fait du bien ! » C’est en effet une façon bien agréable de commencer un lundi matin.

Ensuite, ils travaillent sur l’air de la Reine de la Nuit de La flûte enchantée de Mozart ; cette chanson sera sans doute le leitmotiv du personnage de Madame de Merteuil. Les exercices vocaux du début de la journée évidemment pour aider avec les notes aigues, dont il y a beaucoup. Effectivement, la difficulté de la chanson tracasse certains des stagiaires, mais Gaëlle les rappelle : « Il ne faut pas s’énerver, ça complique la chose ! Il faut se détendre et ne pas être crispé. »
Comme toujours, Gaëlle travaille de façon extrêmement soigneuse avec les stagiaires. Elle travaille avec eux sur les mots, les syllabes, les prononciations : il faut que chaque élément vocal soit travaillé, et en effet on entend immédiatement l’évolution de leur travail vocal. Gaëlle donne également de conseils théâtraux. Par exemple, dans une scène où M. Talzberg coupe la parole de Cécile : « Tu sais qu’elle n’a pas encore fini. Toi [l’acteur], tu as mémorisé, mais maintenant il faut pousser [plus loin]. [Faites tout ce que vous pouvez] afin d’arriver aux bons mots, aux bonnes tonalités … ! » À l’une des autre stagiaires, elle conseille : « Tu tapes trop sur les mots – fais-les plus ‘volontairement’. » La stagiaire, pour sa part, commence du coup à  chercher des façons de parler qui lui sont moins habituelles, ce qui fait remarquer à Gaëlle : « C’est bien ; il y avait des choses un peu systématiques dans ton énergie … il ne faut jamais tomber dans la neutralité ! »

À propos du texte d’Erwin Motor, elle note : « Ce texte vous oblige, en tant qu’interprète, à travailler aussi le sous-texte ; vous ne savez pas au préalable ce que vous allez dire. Installez-vous dans l’instant – ça peut être vertigineux quand on joue mais faîtes-le quand même ! » Évidemment cela évite de donner l’impression que l’acteur pense à votre prochaine réplique, qu’il essaie de manière paniquée de se souvenir de son texte !
La dernière scène sur laquelle on travaille est l’une des scènes entre Talzberg et Cécile. Encore une fois, l’objectif des comédiens ici est de « se situer vraiment dans [leurs] pensées, » de sembler parler en même temps qu’ils pensent. Gaëlle dit au groupe : « Ce qui est difficile dans ce vaste texte, c’est de ne pas s’y noyer – mais il faut qu’on joue et ne s’y noie pas ! » On travaille également sur une sorte de « musicalisation » d’un moment où Cécile pleure, pour lequel on ajoute une berceuse qui complète de manière émouvante ses sanglots. Il semble qu’il y beaucoup de musicalité présente dans Erwin Motor

MARDI 27 MARS, on est rejoint par Christian Remer qui travaille avec les stagiaires sur la manipulation des marionnettes portées. Il travaille même sur de petits détails tels que la position d’une main. Il travaille ce matin avec Louis et Laura sur leur manipulation à deux de la marionnette portée et on peut voir comment ce travail devient de plus en plus animé, nuancé. Ils rappellent les stagiaires de travailler à partir des positions que prend le corps dans la vie réelle – c’est ce genre de chose qui est très simple et pourtant vraiment difficile à rappeler quand on travaille avec une marionnette portée !

On commence également à ajouter du son, ainsi que certains costumes et objets sur scène. Du coup, Erwin Motor a de plus en plus l’apparence d’un vrai spectacle. On a vraiment l’impression de quelque chose de sinistre sur le point d’arriver, en particulier en raison de la nouvelle « musique de l’usine » (jouée entre scènes) qui n’évoque pas seulement une usine mais aussi les battements sinistres d’un cœur…

On travaille ensuite sur la première apparition de Madame de Merteuil. Pour moi, ce personnage a l’air extrêmement sinistre, comme une combinaison de prédateur sexuel, chauve-souris et mime (ce dernier parce qu’elle a aussi un masque blanc et des mains blanches de mannequin). Son apparence est d’autant plus mise en valeur par la jambe de Paulette qui fait apparition à l’autre bout de la scène (pour donner l’impression que Mme de Merteuil est d’autant plus énorme, donc dominante) !

On est vraiment entouré par une ambiance passionnante d’interdisciplinarité et de synergie d’activités. Par exemple, pendant que j’écris ces mots, Christian travaille avec Léa (qui joue Madame de Merteuil) sur ces poses corporelles (particulièrement en ce qui concerne ces jambes et ses mains de mannequin) ; Romain régit les lumières et les rideaux et Louis et Laura travaillent sur leur manipulation partagée de la marionnette de M. Talzberg. On est arrivé à un beau moment de réglage et c’est vraiment agréable de voir Erwin Motor à ce stade de son évolution.

Les relations entre marionnettistes et marionnettes, ainsi que celles entre acteurs, deviennent de plus en plus fortes et subtiles. Par exemple, dans une scène entre Talzberg et Cécile, quand Talzberg approche de Cécile, Dorine (la stagiaire qui manipule Cécile) fait en sorte que le corps de Cécile – et non son propre corps ! – se détourne dans l’autre direction, une réaction très nuancée et efficace. Toutes les scènes deviennent de plus en plus remplies de tels détails.

Ensuite, le groupe travaille sur la scène 10 et les rôles des objets qui en font partie. On se concentre en particulier sur des essais de rendre « marionnettique » ces objets – on est à la recherche de solutions créatives et inattendues. On expérimente, par exemple, avec les mains d’un mannequin, un ancien téléphone rouge et un masque « vraiment monstrueux (comme le dit Éloi) suspendu en haut pour représenter le personnage de Madame de Merteuil. Étant donné que dans cette scène il s’agit de Mme de Merteuil au téléphone avec quelqu’un qui n’est pas présent sur scène, Eloi conseille : « Il faut faire exister le partenaire invisible ! Profite des blancs [dans le texte] pour ajouter la conversation à l’autre bout de la ligne. » Il conseille aussi d’insister sur la « vulgarité et violence » du personnage de Mme de Merteuil sans être trop monotone dans sa colère. Ce sont deux conseils qui enrichissent le travail de l’acteur ainsi que la scène elle-même.

Comme on est tout à la fin du processus des répétitions, il arrive que certains des comédiens deviennent angoissés (de ne pas avoir réussi à bien mémoriser le texte, etc. …). Éloi rassure le groupe, « dans un processus de répétition, il y a toujours de belles choses qui se produisent à la dernière minute. » Alors, l’angoisse ne sert à rien !

MERCREDI 28 MARS – La groupe commence ce matin en travaillant sur la séquence qui se compose des scènes 6, 7 et 8 « chez les Volanges ». Comme l’explique Eloi, « C’est une grosse séquence. Le principe, c’est qu’on a travaillé sur l’idée des figures arrêtées dans une étape de l’échange dans chaque scène : avant, pendant, après. »

Dans la scène 6 entre Volanges et Cécile, le jeu physique est devenu vraiment beau. Il y a toujours du travail a faire sur l’angle des marionnettes, la position de chaque être sur scène, mais on arrive peu à peu à tout améliorer. Eloi conseille à Paulette et Dorine, les deux stagiaires qui partagent la manipulation de Cécile : « Faire attention à la respiration de votre marionnette ! »  Les marionnettes portées sont vraiment des acteurs supplémentaires sur scène…

Il va de soi que physiquement, ces marionnettes sont des acteurs vraiment bizarres. Leurs têtes sont si petites que l’œil de spectateur n’est pas toujours vraiment attiré par leurs visages – c’est quand même beau de les regarder et se rendre compte de la nature détaillée de la manipulation, la synchronisation des corps, le travail des voix, etc. Essentiellement, il ne nous reste maintenant qu’à peaufiner notre présentation. Par exemple, Éloi conseille aux deux manipulatrices de Cécile : « Quand vous êtes trop serrées, les marionnettes vivent moins bien ». Donc il faut qu’elles travaillent ensemble pour trouver comment mettre la marionnette physiquement en valeur, pour découvrir de belles solutions.

Ensuite, Christian travaille avec les marionnettistes sur les détails de leur manipulation. Quand il s’agit de la manipulation en partenariat avec une marionnette portée, le travail du marionnettiste derrière me semble particulièrement difficile. Ce marionnettiste doit en quelque sorte se lier, bouger en complémentarité avec la marionnette, tout en se synchronisant complètement avec le marionnettiste devant. C’est un travail d’une énorme complexité.

Au fur et à mesure que les stagiaires travaillent avec Christian, leur travail physique devient de plus en plus beau, un peu comme un ballet entre deux marionnettes portées et leurs quatre manipulateurs. Et pourtant il est vrai qu’on commence à remarquer de moins en moins les manipulateurs, de se concentrer de plus en plus sur les visages des marionnettes portées.

JEUDI 29 MARS : Aujourd’hui, Éloi remarque au groupe que notre représentation d’Erwin Motor sera la première mondiale de ce texte ! Ce qui peut faire un peu peur aux acteurs qui le jouent … Mais il nous rappelle quand même que la panique ne sert à rien, parce que finalement, il s’agit quand même d’un travail étudiant : « Pas de panique. On est dans une école ; on apprend pour travailler. » Et on travaille pour apprendre, aussi.

On continue aujourd’hui notre travail sur les séquences « chez les Volanges » en nous concentrant sur la synchronisation de tout ce qui se passe sur scène, Il s’agit d’une variété de travaux comprenant plusieurs individus et marionnettes : Cécile (manipulée par Paulette et Dorine) interagit avec Volanges (manipulé par Léa et Olivia), tandis que Louis, aux marges de la scène, donne la voix à celui-ci. Il faut alors que les mouvements de Volanges soient bien synchronisés avec la voix de Louis, ce qui n’est pas un travail facile. Les acteurs s’efforcent tous à être physiquement et vocalement en harmonie les uns avec les autres.

Le résultat est que la scène devient remplie d’une grande émotion. Christian remarque à la fin qu’elle a une sensibilité « vraiment bunraku » et physiquement très mouvante. Éloi ajoute : « Le pouvoir de ce texte, ce qui est vraiment émouvant, c’est le rôle des mots et en particulier leur pouvoir de faire mal. » Le travail suivant concerne comment faire pleurer le personnage de Volanges. Cela complique d’autant plus la synchronisation des mouvements de cette marionnette avec la voix de Louis. Christian remarque quant à la manipulation de Volanges : «  C’est comme si [Cécile] lui donne une réplique et cela se manifeste en des réactions physiques de sa part. » À partir de cette idée riche, il faut improviser physiquement afin de trouver une solution qui va bien avec les éléments vocaux.

On travaille finalement sur la complexité théâtrale de la scène entre Madame de Merteuil et Monsieur Volanges. Madame de Merteuil, un personnage qui a beaucoup changé pendant cette semaine, est maintenant représentée par une grande marionnette portée avec un masque démoniaque et un corps fait d’une couverture. Après, le groupe discute les intentions des personnages : « Il faut qu’il y ait un danger pour Merteuil », dit Éloi, pour que son personnage ait un objectif complexe et pour que les tensions de la scène puissent devenir de plus en plus multiples et nuancées. Il s’agit d’ « une scène d’humiliation » comme la caractérise Éloi, « mais en même temps, il y a quelque chose d’humain » dans cette séquence – tout comme partout dans le texte de Magali Mougel ; il n’y a rien de simpliste.

ERWIN MOTOR: DEVOTION – 5ème semaine

Une nouvelle semaine de travail intense au théâtre, car la première arrive à grand pas !

Mardi 20/03 :

Nous avons commencé à travailler sur la séquence 11. Nous avons décidé, du point de vue de la scénographie, que les éléments du décor avanceraient peu à peu en avant scène, comme une fuite en avant, jusqu’à la scène final du départ de Cécile.

C’est la fameuse scène du « viol » de Cécile par Talzberg. Les ouvrières sont en gaines, manipulées en corps castelet avec les établis. Deux sont disposés en avant scène, un autre au lointain. Il a deux manipulateurs pour la marionnette de Cécile, alors que Talzberg est en acteur. Ce rapport entre acteur et marionnette rend plus supportable cette scène, car elle suggère plus qu’elle n’illustre.

Pendant l’interlude, arrive Volanges qui détruit tout (c’est à dire qu’il renverse tous les établis).  Puis la séquence 12 démarre, avec Merteuil en marionnette portée géante. Elle commence par apparaître derrière la porte. Nous avons donc : deux manipulateurs pour la marionnette de Volanges et une voix extérieure pour la diction du texte, ainsi que deux manipulateurs pour la marionnette géante.  De cette manière, Volanges reste un personnage dominé, même si c’est lui qui détient l’arme. C’est Merteuil qui maitrise totalement la scène. Il faut malgré tout qu’il subsiste dans cette scène un enjeu de mort, due à la présence du pistolet. En effet,  Volanges peut à tout moment tirer sur Merteuil…

Dans l’après midi, pendant que les élèves travaillaient sur le personnage de Merteuil en masque, j’ai continuer à avancé sur la tête de la marionnette géante de Merteuil. Elle sera finalement faite en papier, tout come son masque.

La proposition faite par les élèves pour le personnage de Merteuil sera finalement gardée. En plus de la marionnette géante, Merteuil apparaitra aussi en masque (le masque est posé sur le front du manipulateur, créant ainsi une attitude quasi animale.).

Mercredi 23/03 :

Nous avons commencé par la séquence 13, le « climax » de la pièce, fameux moment où Volanges ordonne à Cécile « coupe ! ». Cette scène est traitée en marionnettes, avec deux manipulateurs pour Volanges, et deux pour Cécile. Une voix off récite des morceaux de textes, réminiscence des paroles déjà dites par les autres personnages.

Pour la dernière scène, les quatre établis sont en avant scène, disposés en diagonale. Trois ouvrières en gaine sont installés à l’intérieur des établis et jouent en corps castelet. Cécile, au centre,  est manipulé par deux personnes dont Tazberg (en acteur). Merteuil  et Talzberg sont situés de part et d’autre de Cécile. Le personnage de Merteuil est traité avec le masque sur le front, ou en marionnette géante.

Jeudi 22/03 :

Finalement, il est décidé pour la scène 14 que Merteuil est traité en masque avec les mains du mannequin et des talons haut (créant ainsi une sorte de créature hybride, à la frontière de l’humain et de l’animal).  Au fur et à mesure de sa tirade, Cécile enlève sa propre tête, puis se regarde elle-même, comme un reflet. La tête se détache et devient autonome, alors que Cécile se détache petit à petit de la marionnette pour devenir actrice. Cécile s’en va par la forêt sur ces derniers mots, alors que Talzberg et Merteuil se rapprochent côte à côte, au centre de la scène.

Sophie est passé en fin de matinée pour définir avec nous un récapitulatif des différents espaces de la pièce, ainsi qu’une liste plus exhaustive des accessoires qui manquent. Nous avons décidé que les ouvrières porteraient des chaussettes (une noire, l’autre blanche). Au niveau de la construction :

–          les arbres sont découpés mais ne sont pas tous collés,

–          il faut faire des raccords de peinture pour les établis,

–          les portes ont étés fixées au mur central

–          la tête de Merteuil/marionnette géante est en court de séchage, ainsi que son masque

–          il faut faire deux autres têtes neutres.

Samedi 24/03 : Journée portes ouvertes au théâtre.

Nous avons commencé à répéter à 13h par la première séquence. Des précisions ont été apportées, quant aux gestes des ouvrières et au costume de Cécile. Nous avons pu retravailler aussi le moment de la « métamorphose » de Cécile en marionnette. S’en est suivie une ouverture au public de la répétition, afin de présenter le travail en cours.

ERWIN MOTOR: DEVOTION – 4ème semaine

Cette semaine, on avance à grands pas dans notre travail sur Erwin Motor, une création théâtrale qui commence à devenir à prendre forme …

Mardi 13 mars : Aujourd’hui, la scénographie ayant été finie, l’accent est remis sur le jeu d’acteur. Recommençant par la première scène d’Erwin Motor, les stagiaires continuent à expérimenter avec la « work song » sur laquelle ils ont travaillé la semaine dernière pour une musique d’ouverture du spectacle. Ils expérimentent aussi avec leur placement sur scène par rapport aux nouveaux éléments de décors afin de devenir de plus en plus à l’aise avec cette variété d’objets qui est tout à coup autour d’eux. Alors on peut dire que tous les éléments de leur travail (chant, scénographie, mise en scène… ) sont maintenant en fusion.

En plus, de nouvelles relations (physiques, émotionnelles, etc.) commencent à évoluer entre les personnages de la pièce. Ayant déjà joué la première scène une fois sans marionnettes, il est intéressant de voir comment cette même scène se transforme en quelque chose de complètement inattendu dès que les marionnettes à gaine y sont ajoutées. On peut dire que cela change la relation des « ouvrières » à leur « travail » : on voit un jeu différent chez chaque actrice individuelle (certaines d’entre elles semblent travailler en parallèle avec leurs marionnettes ; d’autres en une sorte de symbiose… ).  Il reste aussi des éléments musicaux à considérer, pour la plupart au niveau de la mécanisation, voire rigidité rythmique des deux premières scènes de la pièce.

Pour bien nous situer dans l’histoire, Eloi Recoing précise (par rapport à l’histoire d’Erwin Motor en général) qu’il faut que nous soyons tous d’accord sur « où on est » : est-ce qu’il s’agit d’un cauchemar de Cécile Volanges ? Ou bien d’un fantasme de M. Talzberg qu’il projète sur le reste du monde ? Ou peut-être même une autre sorte de réalité alternative ? …

Par rapport à Cécile, on considère également l’interprétation de ce personnage au moment de son apparition. « Je sens qu’il y a une ironie incluse quand elle dit qu’il faut que les femmes soient ‘performantes’, » remarque E. Recoing. « Il faut le souligner pour que le personnage ne devienne pas complètement soumise à tout. » Et pourtant, d’une certaine façon, elle est effectivement soumise à tout. Étant donné cet ensemble de traits apparemment « contradictoires, » c’est à l’actrice qui joue le rôle de trouver ses propres « vérités » à propos du personnage. Le metteur-en-scène, comme le remarque E. Recoing, ne peut que lui donner des suggestions et des pistes.

On travaille ensuite sur une sorte de pantomime prolongée entre deux marionnettes portées (représentant Cécile et Talzberg). Les manipulateurs utilisent leurs bras ainsi que leurs jambes afin d’être expressifs à travers les marionnettes, et ce faisant enrichissent la relation entre les deux personnages. Étant donné que chaque groupe se compose de deux personnes et une marionnette, E. Recoing l’appelle un « tango à trois ». Cela continue en se transformant en une répétition de la 3ème scène avec les marionnettes portées. L’attention est attirée en particulier par les mouvements des jambes des acteurs, qui travaillent aussi comme les jambes de la marionnette. Ils parlent de l’idée d’une métamorphose entre acteur et marionnette. Eloi Recoing remarque : « Faites en sorte que les marionnettes soient à l’écoute les unes les autres. Elles doivent entrer dans un rapport entre elles ; il ne faut pas que l’acteur oublie la marionnette / la marionnette devienne moins vivante. »

Mercredi 14 mars : On reprend aujourd’hui la scène 4 – le moment de l’apparition de Madame de Merteuil – en ajoutant à son entrée la musique de Mozart. Les stagiaires expérimentent avec le costume, les décors et la relation entre l’actrice qui joue Mme de Merteuil et la marionnette portée qui représente M. Talzberg. On expérimente aussi avec l’expression corporelle de Mme de Merteuil, par exemple avec trois actrices à moitié cachées qui utilisent leurs bras et jambes afin de « démultiplier le corps » du personnage. Cela donne l’impression que Mme de Merteuil a au moins trois ou quatre jambes, une suggestion qui va bien avec ce personnage sinistrement dominant …
En passant à la scène 5, on travaille sur quelques improvisations. Eloi Recoing insiste sur le côté physique du travail en disant aux stagiaires de créer « une sorte de ballet » à partir de cette scène. Ils le font en travaillant même sur les détails très précis tels que les regards entre personnages et la subtilité des gestes. Toute nuance est en train d’être préparée.

Ensuite, en travaillant sur les séquences suivantes à propos des Volanges à la maison, le groupe se pose une question : en ce qui concerne les marionnettes portées, faut-il manipuler en solo ou en duo ? Le faite de le faire en solo limite les gestes possibles, remarque quelqu’un. Quant à E. Recoing, il trouve que la question la plus importante est celle de savoir avec qui il faut s’associer Cécile : il ne faut pas que le public l’associe à une personne au lieu d’une marionnette. Du coup, il vaut mieux qu’il soit deux personnes qui manipulent ensemble une marionnette qui reste constante.

Jeudi 15 mars : Etant donné l’accélération du processus de création d’Erwin Motor, on commence aujourd’hui par travailler sur plusieurs éléments en même temps : des considérations sur l’espace théâtral ; les accessoires ; les détails musicaux tels qu’un leitmotiv pour Mme de Merteuil …

Ensuite, on répète – cette fois-ci avec des lumières et de la scénographie – la scène 9 entre M. Talzberg et Cécile, chaque marionnette manipulée par deux personnes en même temps. Le travail des élèves s’améliore. Par exemple, quand M. Talzberg menace Cécile, les mouvements du corps du premier ont l’air vraiment onctueux et dangereux, et Cécile pour sa part semble vraiment inquiete. À un niveau textuel, c’est un travail individuel pour chaque stagiaire, mais à un niveau physique, il s’agit vraiment d’un travail à deux.

Par rapport à ce travail en partenariat, il arrive un moment intéressant quand ils jouent avec l’idée de faire pleurer la marionnette Cécile. Sa deuxième manipulatrice, à moitié cachée derrière la première, commence à faire semblant de sangloter, en se cachant de la vue du public. La manipulatrice devant, quant à elle, expérimente avec les mouvements corporels de la marionnette et cherche une fusion de cette physicalité avec les sanglots de sa partenaire (comme le dit E. Recoing : « Joue avec tes pieds, ils prennent  partie de l’acte de pleurer … « ). L’effet est vraiment nuancé et fort.

Le groupe discute ensuite de l’unité de tous ces éléments sur scène, ce qui est nécessaire étant donné la grande variété de ces éléments. E.Recoing remarque simplement que « il faut que tout ce qui est ajouté à ce monde, soit de ce monde« . On a déjà crée un univers très complexe et détaillé, alors il ne sert à rien d’ajouter des choses qui n’en font pas partie. Autrement dit, même si l’univers d’Erwin Motor est vaste, il faut quand même respecter ses limites.  E. Recoing remarque que même chaque petit élément de l’univers, tels qu’une paire de chaussures, possède le pouvoir d’y « ajouter sa propre identité. » Il faut donc que chaque élément soit bien intégré.

Pour la séquence 10, encore une fois dominé par Mme de Merteuil, on expérimente en y ajoutant des objets : un téléphone, un foulard, même des jambes et des bras d’un mannequin, avec lesquelles jouent les stagiaires. Eloi Recoing fait la remarque qu’il faut « qu’elle soit une femme composite, en fragments – pas exactement du même monde que les marionnettes. » On essaie aussi d’ajouter des masques au personnage et à la scène ; tout comme avec les jambes et bras du mannequin, l’effet physique est impressionnant. Mais l’idée n’est pas forcément définitive, tout comme beaucoup d’autres idées qu’ils ont essayées. Finalement quelqu’un remarque: il y a trop d’idées autour de ce personnage de Madame de Merteuil ! Il est vrai que ce personnage inspire beaucoup de réflexion et de créativité, mais il ne nous reste pas énormément de temps. Donc il va de soi qu’on va bientôt choisir des idées définitives, même si heureusement on a toujours la chance, pour l’instant, de trouver de belles choses en improvisant …

ERWIN MOTOR: DEVOTION – 3ème semaine

Cette semaine, c’est la reprise de notre travail sur la pièce Erwin Motor/Dévotion à la suite de deux semaines de vacances. Après avoir reçu la distribution des rôles juste avant les vacances, les stagiaires reviennent au Théâtre aux Mains Nues ayant bien répété leurs répliques, réfléchi sur le texte et enrichi leurs personnages. On espère qu’ils se sont bien réposés aussi !

Voici comment s’est déroulée cette troisième semaine de travail et de création collective. (Comme le jeudi 08 mars a été largement consacré à la construction du décor, je me concentre surtout cette semaine sur lundi, mardi et mercredi).

Lundi 05 mars – On commence la rentrée par des échauffements corporels et vocaux avant de travailler avec Gaëlle sur quelques chansons gospel (« work songs »), une idée évoquée lors de notre première lecture de table il y a quelques semaines. Aujourd’hui, on ajoute un élément textuel à nos échauffements : on respire et expire en prononçant chaque fois un seul mot du texte d’Erwin Motor. Comme l’observe Gaëlle, c’est une façon de devenir de plus en plus détendu en prononçant le texte.

En effet, en chantant les work songs, on travaille surtout sur le fait de se mettre à l’aise avec la fluidité de la musique, en particulier quand ils chant tous ensemble. Comme le remarque Gaëlle, le but ici est « de faire vivre le cœur des [ouvrières] qui, a priori, n’existent pas. On veut créer la notion d’une multitude. Il faut que ce gospel ait l’air qu’avait le gospel en premier lieu : celui des prisonniers qui ont quand même une histoire. »

Le groupe répète notamment la chanson « Like a river » en travaillant en particulier sur sa vitesse (« Le but est d’accélérer peu à peu »). Ils jouent aussi avec des claves afin d’ajouter du rythme à leur travail. Finalement, on met en scène un chœur d’ouvrières avec Cécile Volanges au milieu (« mais on ne sait pas qui c’est, » précise Gaëlle). Ils continuent à utiliser les claves afin d’ajouter un son répétitif « dont personne ne connaît la source ». Évidemment, cette mise en scène improvisée est remplie de mystères …

Les stagiaires expérimentent avec le rythme de la scène et avec la question de savoir comment partager leurs répliques chantées. De plus en plus, elles commencent à synchroniser leurs « mouvements d’ouvrières » avec ce qu’elles chantent. Du coup, elles deviennent de plus en plus un groupe.

Finalement, tout le monde écoute l’air de la Reine de la Nuit de La flûte enchantée de Mozart, afin de créer des fondements musicaux pour le personnage de Madame de Merteuil. « Vous êtes assez libre, » dit Gaëlle. « J’ai envie de ne vous donner que ces matières musicales et votre texte. » Puis, c’est aux stagiaires à faire vivre leurs propres créations mélangeant les deux. Il s’agit finalement des essais par les stagiaires du texte mélangé avec la chanson (approximative) de la Reine de la Nuit. Par exemple, un des stagiaires essaie de mettre chaque question que pose Madame de Merteuil dans l’introduction orchestrale à l’air de la Reine. L’exercice est laissé libre ; un autre stagiaire parle tout simplement pendant que la musique est jouée, et cette approche est efficace elle aussi. Gaëlle parle ainsi de la liberté de l’exercice : « La musique vous envoie quelque chose, est vous le traduisez de manière complètement libre. [Il faut] faire lire à l’intérieur de toi. »

Mardi 06 mars – Aujourd’hui, le groupe repart du début du texte. Le début de la journée est consacré aux considérations techniques telles que la création d’une bande sonore pour leur présentation du travail. En plus, la stagiaire Marion, douée en arts plastiques, a créé de nombreuses têtes de marionnette évoquant chaque personnage de la pièce. Elles évoquent également le théâtre Nô, sur lequel on a regardé ensemble un livre au début du stage.

Après deux semaines de pause, il faut une nouvelle lecture du texte en groupe afin de bien s’insérer à nouveau dans l’univers d’Erwin Motor. Ils retravaillent les séquences de la pièce une par une. Le fait de réécouter les stagiaires, comme le remarque Eloi Recoing, « nous fait revenir du premier degré [de notre travail ensemble] – c’est-à-dire qu’on peut jouer sans 9 000 arrière-pensées. » Ce nouveau départ est valable pour tout le monde : en plus, il alimente les inspirations visuelles de Sophie (la scénographe) qui les regarde et considère en même temps sa maquette. Du coup, on est témoin aujourd’hui d’une synergie, une sorte de dialogue entre le texte d’Erwin Motor et la création visuelle à venir.

Prochainement, on travaille sur les séquences 6, 7 et 8 du texte, qui ont lieu chez les Volanges. On continue au fur et à mesure à penser non seulement aux images mais aussi à l’évolution du personnage de Volanges pendant ces scènes. Comme le remarque E.Recoing, « Sa violence monte, puis elle arrive. […] Effectivement, ces scènes nous montrent une sorte d’ ‘avant, pendant, après’. » Ici, on perçoit très clairement le travail qu’ont fait les stagiaires pendant leurs vacances sur leurs personnages et sur le texte. Tous les quatre personnages, déjà complexes, commencent à avoir de plus en plus de profondeur …

Mercredi 07 mars – On commence aujourd’hui par travailler sur les scènes 11 et 12 faites « en acteur », c’est-à-dire sans marionnettes. Pour cette partie du travail, Eloi Recoing se concentre sur des considérations du jeu d’acteur. Par exemple, il conseille un des stagiaires (qui joue le rôle de M. Volanges) à propos de son monologue au début de la scène 11 : « C’est comme un monologue hamletien, comme s’il s’adressait à lui-même … [Mais par rapport au public], sois précis dans le désir de faire entendre la partition qui est la tienne. » Le groupe se focalise aussi sur quelques considérations musicales, par exemple l’exercice de prononcer le texte comme s’il s’agit d’une aria d’opéra, ou du « leitmotiv » musical d’un des personnages.

Le groupe entre ensuite dans un exercice d’improvisation marionnettique sur la scène 11 qu’ils viennent de lire : cette fois-ci, il s’agit d’une interaction physique entre deux marionnettes portées représentant M. Talzberg et Cécile Volanges, chacune manipulée par deux stagiaires pendant que deux autres à côté lisent le texte de ces mêmes personnages. Les stagiaires qui manipulent se posent la question de savoir comment bien manipuler une marionnette portée, étant donné qu’il s’agit d’un travail de coordination entre tout un assortiment de bras, jambes, mains … Ensemble ils trouvent de bonnes solutions, en particulier en ce qui concerne la synchronisation de leurs marionnettes avec le texte parlé par les autres acteurs.

Ils continuent par répéter la dernière scène, pour laquelle ils sont toujours en train de créer ensemble une mise en scène. En dehors du texte proprement dit, ils entrent dans une discussion sur la sexualité afin de découvrir quelles sont les relations entre les personnages dans cette scène. Ils regardent ensuite une variété de têtes possibles pour leurs marionnettes portées afin de décider quelle tête, quel visage, quelle expression s’associe bien avec chaque personnage. Cela indique leur entrée dans le monde de la construction plastique pour le spectacle ; l’essentiel ici est qu’on partage bien les tâches. Comme le note Eloi Recoing : « [Si tout le monde construit indépendamment des autres], il y a un risque de disparité. Alors il faut qu’on arrive à une unité stylistique. » C’est ainsi que le groupe passe pendant le reste de leur journée de travail aux décors, modelage, bricolage sur scène … tout d’un coup il y a beaucoup de bois par terre. Tout avance !

Jeudi 08 mars

Mon résumé de jeudi est court parce qu’il s’agit d’une journée essentiellement consacrée au bricolage. On voit le décor d’Erwin Motor, ce qu’on n’a vu jusqu’à maintenant qu’en maquette, commence peu à peu à vivre en grande taille.

Pendant ce temps, dans les coulisses, Marion continue son travail soigneux sur les têtes des marionnettes pendant que d’autres stagiaires travaillent sur les dessins de l’intérieur des vitrines. Le monde visuel d’Erwin Motor commence à prendre sa forme !

ERWIN MOTOR / DEVOTION – 2ème semaine

Cette semaine, nous avançons dans la construction d’Erwin Motor/Dévotion, un projet collectif qui comprend non seulement un travail sur le texte et la manipulation des marionnettes, mais également sur la voix et les décors . Tous les stagiaires participent à chaque étape du travail ; du coup, parfois dans ce processus il ne s’agit même pas d’agrandir ses compétences mais plutôt de les découvrir pour la première fois; par exemple, il y a certains stagiaires habitués aux arts plastiques, tandis que d’autres sont  des nouveaux venus à cet aspect du stage…

Lundi 13/02, on travaille sur la voix en se focalisant notamment sur une exploration vocale des personnages. Tandis que certains des exercices ne semblent pas immédiatement pertinents, d’autres se révèlent particulièrement efficaces et mènent à des découvertes vraiment agréables. Par exemple, un des stagiaires accède de façon merveilleuse au coeur de son personnage en transformant un de ses monologues en rap. Même si le rap n’a vraiment rien à voir avec la pièce ni avec son style, il y a néanmoins quelque chose dans cette façon de déclamer qui a une forte parenté avec le personnage en question. On essaie également aujourd’hui de trouver le rythme des suspens, moments de respiration et souffles qui existent dans le texte, pour mieux comprendre le rythme de la pièce. Il s’agit de trouver l’érotisme de nos voix afin d’entrer vraiment dans le thème du désir qui caractérise fortement Erwin Motor. C’est un exercice surtout musical, comme le note Gaëlle, qui dirige le groupe aujourd’hui : « Notre objectif aujourd’hui, c’est de faire vivre [les] silences [dans le texte] ; [donc] notez les silences qui vous provoquent. » Il s’agit en quelque sorte de la découverte d’une partition musicale qui correspond au texte d’Erwin Motor. Gaëlle rappelle le groupe : « Pensez vocalement et variez les sons, » ce qui mène parfois à des réponses un peu ridicules : des aboiements, des cris d’orgasme, etc. Mais si cela aide les stagiaires à découvrir le coeur du texte, tant mieux.

Mardi 14/02, on reprend le travail textuel qu’on a commencé la semaine dernière. Quand j’entre dans le théâtre, je découvre l’enseignant Sophie en train de montrer une maquette au groupe.  À partir des dimensions de cet espace miniature, le groupe prend des décisions scéniques en ce qui concerne les manipulations d’arrière-plan, les lumières, le placement du personnage de Talzberg quand il surveille le personnage de Cécile, etc. À la différence de la veille, on se concentre surtout sur le texte et l’intériorité des personnages. Eloi Recoing souligne la simplicité de Cécile (pour diriger le travail d’un stagiaire qui a la tendance à aller trop loin dans son interprétation du personnage) : « Elle n’a pas d’arrière-pensées. Il faut qu’elle soit très simple. » De telles observations mènent aussi à une découverte physique des personnages : quand les stagiaires jouent à nouveau le texte, ils l’essaient avec des marionnettes portées ; tout à coup les relations physiques entre les personnages deviennent très fortes et nuancées. E.Recoing met l’accent sur le fait que le groupe est toujours en train d’experimenter : « on est dans une première étape où on essaie des choses […] pour trouver ce qui marche et ce qui ne marche pas. » C’est ainsi qu’on découvre les idées les plus belles, à mon avis – par exemple, celle d’une énorme Madame de Merteuil en tête de mousse flottante attachée à une couverture et avec des tiges pour bras, ce qui est très simple mais vraiment puissant au niveau visuel.

Mercredi 15/02, on commence par une très bonne idée : chacun prend un vers du grand monologue de monsieur Volanges, comme s’ils font tous partie de ce même personnage. Le résultat est vraiment frappant (du point de vue de l’auditoire autant que du point de vue théâtral) et me rappelle le style de narration communal (parfois choral) qui ponctue une de mes représentations préférées, celle de Nicholas Nickleby donnée par la Royal Shakespeare Company aux années 80. Eloi Recoing fait une observation intéressante à propos de Volanges : « En essayant de blesser quelqu’un d’autre [sa femme Cécile, de manière verbale], il se blesse lui-même avec ses propres paroles. » Cette remarque est suivie par un débat spirituel sur ce personnage : est-ce qu’il veut vraiment être castré, comme il le dit à Cécile ? Quelle est la différence entre l’aliénation d’une femme et celle d’un homme ? Cela touche peut-être trop sur le discours académique, mais ce sont pour la plupart des questions pertinentes quand même. Après, on reprend le même jeu, cette fois-ci avec des marionnettes ; et à mon avis, ça devient beaucoup mieux. « La marionnette propose une augmentation du jeu, » observe E.Recoing, et je suis d’accord – on remarque tout d’un coup beaucoup d’improvisation et d’exploration des moments de mobilité et d’immobilité des personnages.

Jeudi 16/02, c’est la dernière journée du stage avant les vacances de février. Cette journée représente un peu une différence par rapport à tout ce qui est arrivé avant ; on se concentre sur l’aspect plastique de notre travail en construisant des maquettes et des esquisses des marionnettes qu’on va construire. On décide, par exemple, que le visage de Cécile sera inspiré par des représentations anciennes de la Vierge Marie, avec un visage rond et simple. La journée est consacrée à ces décisions visuelles ; c’est un travail qui demande de la précision ainsi que des compétences artistiques. À la fin de la journée, les rôles sont distribués au groupe avant que chacun parte en vacances.