Photos stage Dramaturgie de la marionnettes

Journal du stage Dramaturgies de la Marionnette

 Depuis la semaine dernière se déroule dans les murs du Théâtre aux Mains Nues un stage encadré par Joseph DANAN, David LESCOT et Eloi RECOING, et intitulé Dramaturgie de la Marionnette.

Pauline Thimmonier, étudiante au Théâtre National de Strasbourg (spécialité « dramaturgie ») et comptant parmi les 10 inscrits, nous livre ici à mi-parcours quelques réflexions sur cette expérience.

  

Le XXème siècle est, au théâtre, celui des metteurs en scène, c’est-à-dire celui de l’émergence de cette écriture seconde, scénique, qui donne aux textes de nouveaux visages, de nouveaux échos, de nouvelles profondeurs. Si cette écriture du plateau interroge le devenir des textes classiques, elle pose aussi un défi à l’écriture contemporaine : comment prendre en compte le devenir scénique d’un texte ? En quoi cette nouvelle donnée influe-t-elle sur le geste de l’écrivain ?

Dans un article intitulé « Dramaturges », Joseph Danan interrogeait cet endroit d’écriture que l’auteur contemporain devait conquérir, allant jusqu’à penser qu’il devait créer des « machines à produire de la représentation, chaque pièce constituant à la fois une œuvre et, dans l’imprévisibilité de ses possibles scéniques, une pluralité.[1] » Texte ouvert/ texte matière : où se situe la dramaturgie d’un texte ? Comment peut-elle être « solide » tout en laissant la place à cette dramaturgie seconde, du plateau, qui s’y colle, la malmenant parfois, la mettant en tension avec des éléments de la représentation ?

Les plateaux d’aujourd’hui mettent donc en jeu deux écritures concomitantes : l’écriture proprement textuelle et l’écriture scénique (ou, pour reprendre les termes d’Eloi Recoing, l’écriture et sa traduction scénique, c’est-à-dire aussi – et cela même en étant au plus près du sens – sa trahison). On pourrait dire que c’est dans ce jeu entre ces deux écritures que se situe ce que l’on nomme, depuis le théâtre de Brecht, la « dramaturgie ».

 

Si la question est primordiale au théâtre, il semble qu’elle se pose, différemment, et peut-être de manière encore plus vertigineuse, avec le théâtre de marionnettes. Analysant le Bunraku, Roland Barthes relève, dans cet art traditionnel, « trois écritures séparées, qu’il donne à lire simultanément en trois lieux du spectacle : la marionnette, le manipulateur, le vociférant : le geste effectué, le geste effectif, le geste vocal.[2] » Chaque écriture est primordiale, aucune n’est au centre et enfin, chacune raconte quelque chose de différent, tracé sur la ligne des signes qu’elle utilise. Si l’on prend acte de cette théorie des trois écritures, alors que devient l’écriture – textuelle – pour la marionnette ? Dans quel interstice de la représentation se situe-t-elle ? Que prend-elle en charge que la marionnette et sa manipulation ne peuvent dire ? 

De là, s’ouvre un autre questionnement, plus ample : peut-on définir une écriture spécifique à la marionnette ? Ou à l’inverse, doit-on penser, devant la diversité des techniques et la pluralité plastique qu’offre l’art de la marionnette, que l’écriture y est plus libre, plus ouverte ? Peut-elle se permettre d’être en quelque sorte moins conditionnée par un souci de plateau que l’écriture à proprement parler théâtrale ?

     

Si le stage ouvre sur ces questions ouvertes, il a été assez étonnant de voir comment les participants, souvent praticiens de la scène, en ont soulevé d’autres : quelle écriture pour les enfants ? doit-il y avoir un geste spécifique lorsque l’on s’adresse à un public-jeunesse ? Comment fait-on pour traduire/adapter une œuvre romanesque en un objet marionnettique ? Qu’est-ce que l’image – au sens large – dit que le texte doit taire ? Quels mots taire pour les exprimer plastiquement ?

Ou du « comment écrire pour les marionnettes », on passe au « comment réaliser une écriture avec des marionnettes ». C’est dans cet incessant aller-retour entre l’écriture et le plateau que nous nous sommes offerts le luxe d’expérimenter ces interrogations, sans prétendre à des réponses, mais plutôt à des tentatives, des réflexions et des frottements d’imaginaire qui font la richesse du collectif et de la recherche sans exigence de produits finis !

 

Voici donc, de manière non-exhaustive, quelques-unes de nos expériences :

 

Au terme de la première semaine, nous avons défini comme  deux options : écrire sans penser au plateau ou plutôt en direction du plateau mais sans souci de la réalisation scénique ET écrire le spectacle, écrire quelque chose de la mise en scène, du dispositif que l’on imagine (texte d’Audrey) ou encore écrire un texte comme un programme à une réalisation (texte d’Irina). Cette dernière option pose aussi la question de l’écriture didascalique, écriture qui dicte la réalisation étape par étape tout en imposant une atmosphère propre, un rythme, une couleur (texte d’Angélique).

Comme intermédiaire à ces deux options, il me semble qu’il y a le texte « canevas » qui  propose une sorte de squelette et laisse place au déploiement de l’imaginaire du manipulateur (manipulation dans la tradition emphatique de la marionnette à gaine par exemple ; texte de Nadège). Le parcours de ce dernier texte est assez amusant puisque, avant même de l’essayer sur le plateau, nous nous sommes rendus compte qu’il « marchait » mieux après une réduction au tiers : le texte avait trouvé un rythme et, comme cela va souvent de pair, son humour. Ainsi réduit, il offrait une efficacité qui permettait de trouver avec les marionnettes une énergie correspondant au style du texte ; énergie avec laquelle les manipulateurs pouvaient se permettre de « broder » sur le texte, de le « déborder » en quelque sorte.

Cette question de la donation rythmique du texte a été au coeur de bien d’autres expériences, devenant, pour l’objet marionnettique, la donation du sens. Il ne s’agit donc pas d’illustrer avec la marionnette ce que dit le texte, mais plutôt de s’appuyer sur l’énergie, le mouvement que dessine le texte afin de mettre les deux éléments (textuel/scénique) en tension.

C’est ce que nous avons essayé d’une part avec le dialogue de Liliane (elle lisait son texte pendant qu’une autre personne, située derrière elle, exprimait avec ces deux mains, les énergies des deux personnages, influant ainsi à la fois sur le texte et, dans l’image, sur la lectrice) et avec le récit, aux allures de légende, de Guillaume (tel un conteur, il devait nous « faire passer » son texte en bougeant  des pots de peinture sur une table…). A chaque fois, il était surprenant de voir de quelle manière, un peu magique, le texte se faisait plus audible, plus clair, plus vivant.

 

Reste à expérimenter maintenant le mouvement inverse, à savoir comment une écriture peut naître d’une réalisation scénique… Quels textes émergent si plusieurs personnes écrivent à partir d’une même représentation ? Peut-être qu’en s’exerçant de cette manière arriverons-nous à discerner ce qui est proprement textuel de ce qui s’exprime par le plateau…

 

Pauline Thimmonier

 

Découvrir quelques uns des textes produits lors du stage : textes.pdf




[1] Joseph Danan, « Dramaturges », in Ecrire le théâtre aujourd’hui, « Alternatives théâtrales » n° 61, juillet 1998.

[2] Roland Barthes, « Les trois écritures », in L’Empire des signes.

Ici je suis ailleurs

Ça y est, les murs du square des Cardeurs sont à nouveau envahis par les mots … De mai à octobre 2008, la seconde édition de « mots publics » s’intéresse aux lieux qui font voyager à Saint-Blaise…Parce que ses marionnettes en ont fait voyager plus d’un, le Théâtre aux Mains Nues se sent très proche de la thématique de cette année.
Ici je suis ailleurs … Alors soyez-là pour vous évader avec nous!

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Mots Publics 2008
En juin, juillet et septembre, des phrases énigmatiques fleuriront chaque semaine sur un mur du quartier. Vos réactions et récits face à ces affichages seront enregistrés par les médiateurs. A partir de ces témoignages, une installation sonore et visuelle sera créée pour l’évènement final en octobre.

Participez à motspublics.unblog.fr
projet initié par l’association Agrafmobile
www.agrafmobile.net

Vitez en effigie

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« Oui, je tends mon poing vers le ciel des dieux. Je suis un vieux fou. Mon manteau tombe sur mes épaules. L’issue la plus certaine est la mort, j’emporte avec moi ce bonheur, comme un voleur, dans son manteau. Mais aussi : le poing, tendu, plein de haine, vers le ciel, oui, j’ai tendu le poing vers le ciel de l’obscurantisme, je suis resté un moment immobile, comme une effigie de la protestation. »A.     Vitez 

Le Théâtre aux Mains Nues sera présent cet été à Avignon avec une création qui vient s’inscrire dans le cadre d’une série de rendez-vous consacrés à l’œuvre d’Antoine Vitez et initiés par la comédienne Valérie Dréville.

  Eloi Recoing, porteur du projet nous en dit quelques mots : Nous mettrons en jeu par les marionnettes une constellation de textes d’Antoine Vitez : écrits théoriques, lettres, poèmes. Un fragment recomposé de ce qu’il appelait sa Chronique du Grand Extérieur. Un essai donc, une esquisse, une expérience de théâtre/récit, pour mettre en évidence par le jeu des conventions le plaisir du jeu précisément. Et faire jaillir « quelque chose » de l’art de l’acteur tel qu’il le concevait.               Vitez en effigie sera joué le 16 juillet à 11h dans la cour Calvet.   

Plus de détails sur la programmation du Festival : www.festival-avignon.com

  

Création du Théâtre aux Mains Nues proposée par Eloi Recoing.

Acteurs marionnettistes : Cyril Bourgois, Alain Recoing, Jeanne Vitez

Scénographe : Sophie Morin.

Plasticienne : Cristiana Daneo

Dramaturge : Pauline Jupin