Rendez-vous avec Pierre Blaise

Dans le cadre des « Rendez-vous avec un artiste », Pierre Blaise animera un stage de marionnette à gaine « mixte », du vendredi 28 au dimanche 30 novembre 2008, au Théâtre aux Mains Nues.

Comment vous êtes-vous formé à la marionnette ?

Je ne sais pas si je suis un exemple… ! J’ai fait une école de théâtre avant tout. En sortant de cette école, je me suis demandé comment j’allais faire pour vivre… comme beaucoup de gens ! Fonder une compagnie m’est alors apparu comme le plus simple. On s’est appelé le Théâtre sans toit car à cette époque on jouait dans la rue. Or, lorsque vous jouez dehors, il faut un impact visuel, nous nous sommes alors assez vite tournés vers la marionnette.
 Mais cela s’est fait de façon tout à fait autodidacte dans un premier temps, il n’y avait pas d’école. Avec le bagage de théâtre corporel que l’on avait ou que l’on croyait avoir (travail sur le point fixe, sur le geste), on s’est dit que l’on pouvait aborder la marionnette en passant uniquement par les livres.
Je me suis pour cela servi de 2 livres: Comment construire et animer nos marionnettes ?  de Marcel Temporal. Il y avait un chapitre sur la manipulation, ce qu’on ne trouvait pas ailleurs. Et la grammaire de Gervais, bien évidemment.
Puis les hasards de la vie m’ont fait rencontrer Alain Recoing. Avec lui j’ai considérablement avancé du point de vue des idées sur la marionnette, notamment avec le spectacle : Le Grand Père Fou, un texte d’Eloi Recoing.  Ce spectacle ne concernait pas la marionnette à gaine, mais une autre forme de théâtre, plus éclaté avec des tentatives très riches.
Puis j’ai rencontré le maître Chinois Li Tien Lu lors d’un stage organisé par Jean-Luc Penso, directeur du Théâtre du Petit Miroir. Cela a été une très belle rencontre avec un merveilleux marionnettiste.
Nous avons découvert dans ce stage, une manière de faire tout à fait étonnante, une rigueur dans la manipulation et dans le respect de codes théâtraux. Ce qui m’a bouleversé dans cette marionnette à gaine taïwanaise (ou chinoise) c’est le rapport des proportions … la marionnette prenait des proportions humaines. Les spectateurs ont l’impression de voir des petits acteurs jouer. Ces petits acteurs qui jouent ont, en plus, toutes les possibilités des marionnettes. J’y ai retrouvé, sans parodier Barthes, le degré zéro de la manipulation à partir duquel on a pu développer nos formes, dans un sens ou dans un autre.

C’est de là qu’est née votre « gaine mixte » ?

Oui, avec la gaine taïwanaise, j’ai découvert un système de manipulation complètement différent de la gaine traditionnelle. Elle permet toute une gamme de procédés qui change complètement la manipulation. Mais je ne souhaitais pas rester dans l’imitation, à perpétuer une tradition. On a donc essayé de manipuler comme avec la gaine taïwanaise mais dans des gaines traditionnelles comme celles qu’utilise Alain Recoing. Cela nécessitait quelques modifications et aménagements. Avec cette nouvelle marionnette on a trouvé une autre vitalité et donc un autre code qui pouvait s’inscrire à la fois dans quelque chose de figuratif et  d’abstrait.

Vous avez expérimenté des types de marionnettes très différents dans vos mises en scène, pourquoi choisir cette forme en particulier pour le stage?

Nous avons beaucoup changé mais ces formes restent comme des âmes derrière nous. Je ne parle pas des âmes mystiques mais des âmes comme celles des instruments de musique. Ce sont des supports de travail.
Cette technique est une sorte de repère intellectuel pour moi, je la vois comme un moyen de comprendre. De comprendre y compris pour des néophytes, pour des gens qui ne font pas du tout de marionnette, et particulièrement pour des gens qui ne font pas du tout de théâtre… Cela me semble une façon de faire comprendre la marionnette, une façon de la toucher, et de la toucher sans douleur si je puis dire.
La gaine mixte n’a pas le caractère difficile, contraignant, voire laborieux des exercices de gamme enseignés par la grammaire de Gervais pour la marionnette à gaine traditionnelle.
On arrive très vite à manipuler et je crois qu’on arrive à comprendre quelque chose de la marionnette qui est beaucoup plus intéressant pour arriver à développer sa propre voix par la suite.
Je vais donc venir avec des pauvres marionnettes blanches qui sont ce que j’appelle des marionnettes semi neutre. Elles ont un visage mais celui-ci est peint en blanc.
Il ne s’agira pas de démontrer quelque chose ou de monter un spectacle mais bien d’expérimenter une technique, une logique. A partir de ces expériences voir comment cela pourrait se développer en soi, quelles idées cela apporte, quel chemin cela peut prendre, bien que cela soi intime après tout.
Cette technique me semble importante à transmettre.
J’ai inventé ces formes, dont le petit Sisyphe par exemple. Sa tête est beaucoup plus grande, elle n’est pas du tout réaliste, pas du tout proportionnelle… elle est plus naïve, plus enfantine.
J’aime prendre le contrepied des choses, ne pas les laisser comme elles sont. Comment trouver d’autres moyens d’habiter la gaine ? Utiliser la gaine comme un moyen d’apprendre, et à la limite je dirais utiliser la gaine comme un moyen d’apprendre le théâtre. On pourrait presque dire que la manipulation ne nous intéresse pas, c’est le théâtre qui nous intéresse. Je travaille avec des acteurs qui utilisent la marionnette, mais ce sont des acteurs avant tout. « La marionnette est un moyen de faire un théâtre qui n’est pas un théâtre ordinaire » comme le disait Gaston Baty.
Je vois ce stage comme une rencontre qui peut déclencher quelque chose. On ne peut pas apprendre la guitare en trois jours mais on peut toucher une guitare et savoir quels sons elle fait.

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Depuis peu de temps, dans mon travail j’implique ce que j’appelle des formes planes. Cela part d’une idée très simple : la marionnette est un volume qui circule dans un espace par rapport à un plan qui est le castelet.
Petit à petit ce castelet a pris de la place dans mes projets, de l’envergure  pour devenir lui-même la marionnette. Et donc ce castelet se  décline comme une figure géométrique ou un dessin, on s’approche des formes de Kandinsky.
Pour aller plus loin : http://www.theatresanstoit.fr/