Rendez-vous avec Jean-Pierre Lescot

Le Rendez-vous commence par une petite mise au point, au sens de celle qu’on fait avec un appareil photo, en floutant ce qui nous intéresse le moins pour bien visualiser ce que nous cherchons à capter. Qu’est-ce que l’ombre, d’où vient-elle et vers quoi nous emmène-t-elle? Etude du signe et de l’image, rappels historiques et géographiques.

Et puis nous survolons les formes, les matières et les couleurs que le monde moderne nous propose, toujours avec cette économie du signe héritée de l’Asie et du Moyen Orient depuis des millénaires.

Ensuite, nous abordons la mise en jeu, nous éprouvons les marionnettes et l’écran, le mouvement des sources lumineuses. Après avoir choisi des textes, trouvé des bribes de personnages, nous passons à l’atelier. L’atmosphère est studieuse et appliquée, chacun s’affaire autour de son crayon ou de son scalpel.

Petit à petit, certains personnages naissent et vont se chercher les uns les autres derrière le petit écran, près de la source de lumière. Mère Ubu rencontre les personnages de Dubillard dans de joyeuses improvisations. Nous sommes proches des montreurs d’ombres de cabaret, avec leurs farces et leurs physionomies burlesques.

Le week-end se termine gaiement, autour de ces scènes souvent drôles, présentées seul ou à deux. Une belle tentative poétique avec  un texte plus onirique nous permet d’ébaucher un nouvel univers et suscite le désir de poursuivre nos recherches.

Stage avec Nicolas Goussef sur LA MAIN NUE du 15 au 18 Novembre 2010.

Après avoir exploré les bases de la manipulation des marionnettes à gaine – dans l’apprentissage de ce que l’on nomme les fondamentaux- les élèves de la formation intensive viennent de suivre une semaine de stage autour de l’exploration pratique, plastique, ludique, physique et scénique de la main nue, avec le marionnettiste Nicolas Goussef.
Travailler la main nue représente une pratique essentielle pour le marionnettiste. Elle permet tout autant de consolider son apprentissage de la manipulation, mais elle est aussi une discipline en elle-même ; quand la main nue devient l’objet de la représentation.
Pour cette semaine de travail, Nicolas nous a proposé une approche progressive, en privilégiant dans une première phase des échauffements physiques, nous permettant d’éveiller l’ensemble de notre corps (travail sur la respiration, sur la conscientisation de nos points d’appuis au sol ou de nos déséquilibres…). Nicolas a ensuite segmenté cet éveil, en travaillant sur des parties plus précises –pied, bassin, épaule…- pour nous amener dans un dernier temps vers un travail resserré et concentré dans nos mains.

Cette main, dans notre quotidien, est un outil plus ou moins conscientisé, d’expression, de communication, de communion, tout autant que de séparation voire de transgression… Elle est –dans une perspective purement anatomique- une des parties les plus mobiles de notre corps. A l’image des branches d’un arbre poussées par le vent, alors que le tronc reste immobile, la main nous offre cinq segments agiles presque indépendants – tout comme nos jambes. Elles nous permettent de nous éloigner du bloc central, du tronc de l’arbre, pour lui offrir des possibilités de déplacement, de développement infinies. Ce travail plus ou moins induit, nous amène à réfléchir et à ressentir l’ensemble de notre corps. Nicolas nous explique qu’il y a deux champs de conscience par rapport à celui-ci ; le proximal –là où nous sommes- intuitivement, nous désignons notre buste. Il se dissocie du distal ; le champ de conscience de nos extrémités, bras, mains, jambes, pieds.
Nous comprenons que connaître ces deux dénominations, ne doit pas nous empêcher de concevoir les liens qui les unissent.
Ainsi, fortes de cette nouvelle perception – le quotidien nous amène parfois inévitablement à une forme d’oubli de notre corps-, nous entrons dans le jeu scénique, et notre main devient le lieu des possibles.

Nous nous attachons à proposer des postures, qui lui donnent une certaine expressivité. Nous remarquons les différentes interprétations possibles, entre ce que notre oeil admet comme un signe reconnaissable (un salut, un pouce levé, une caresse…) et ce qu’il peut accepter sans forcément l’identifier (on parle alors de gestes plus abstraits, et non conventionnels). Nous travaillons tour à tour à jouer, mais aussi à observer les autres, puis à commenter. Ainsi, nous développons notre expression aussi bien scénique, que critique, ce qui renforce concrètement notre travail d’acteur-marionnettiste.


Si, à présent, je décide de me retourner, et de parcourir ces deux premiers mois de formation, je me réjouis d’une certaine métamorphose, à la fois corporelle et spirituelle, puisqu’il me semble à nouveau, que connaître les deux dénominations ne m’empêche pas de concevoir les liens qui les unissent.
Je me réjouis de réaliser que cette formation, ainsi que l’univers des arts de la marionnette ne cessent de m’inviter à désapprendre le monde.
Je me réjouis de ne pas me sentir perdue, mais à l’inverse, de sentir que tout est possible.
C’est sans doute cela, la fameuse « pensée-marionnette »…

EXPOSITION à la médiathèque Marguerite Duras

Exposition à la médiathèque Marguerite Duras dans le cadre du festival Again en octobre 2010.

Formation intensive : Workshop avec la compagnie Folded Feather (Angleterre).

Pendant la semaine du 18 au 22 Octobre, le Théâtre aux Mains Nues accueillait la compagnie Folded Feather, installée à Londres, pour la présentation de leurs deux créations Suitcase Circus et Life Still. À cette occasion, les élèves de la formation intensive ont pu suivre deux matinées d’ « éveil au Théâtre d’objet » menées par les deux artistes de la compagnie Oliver Smart (acteur marionnettiste) et Matthew Short (marionnettiste et musicien).
Théâtre d’objet ? Théâtre de marionnettes ?
Si je me demande ce qui peut différencier les deux disciplines, je peux penser que dans le Théâtre d’objet il n’y a pas de marionnettes, c’est-à-dire d’outils, de personnages conçus exclusivement en vue d’être manipulés. Le théâtre d’objet n’a de cesse de renouveler ses protagonistes, et offre ainsi un champ infini d’exploration de notre quotidien. Au sortir de cette rencontre avec Oliver et Matt, je me suis surprise à penser qu’on pouvait « faire du théâtre avec tout ». Oui, tout…
Pour une démonstration interactive, allons chercher un sac poubelle dans la cuisine.
Et observons dans un premier temps sa matière, son bruit, sa forme, ses limites… Amusons nous à le faire se déplacer de différentes manières, en le pliant, en marchant dessus, en nous enroulant autour de lui…
Voici la première phase d’exploration d’un objet, le faire parler sans mettre d’intention, l’observer, apprivoiser son « comportement » : un sac poubelle par exemple ne se « déplace » pas comme une valise, l’objet –comme un corps humain- à ses contours, ses limites, son poids, sa taille… Autrement dit, il s’agit de sentir dans un premier temps comment l’objet se contient lui-même et nous exprime sa personnalité.
Pour les deux artistes de la compagnie Folded Feather : l’objet est toujours le point de départ. Avant le sens, il y a une relation possible avec la matière et ce qu’elle nous dit.
Une histoire de désexpérience…
Dans une deuxième phase, gardons notre sac poubelle, et modelons le de manière à lui trouver un point de regard, une sorte de visage (toutes les propositions sont les bienvenues tant que notre oeil peut lui offrir une crédibilité). Matt et Oliver nous parle alors de focus : c’est par là que l’objet peut prendre vie, se déplacer, être manipulé… L’exploration continuant, l’objet est toujours inerte, mais représente désormais une forme hybride, oubliant qu’elle a été conçue dans un premier temps pour contenir des ordures. Il faut à présent lui donner vie, et faire ainsi ce que j’appelle la « désexpérience » de son sens premier pour lui en trouver un autre. Accroupis à coté du sac, les doigts posés sur lui, nous tentons de sentir notre pulsation à travers lui, ainsi lentement, nous essayons de lui transmettre un peu de notre vie à nous… Puis, il faut sentir notre respiration passer peu à peu pour sa propre respiration, et peut être finalement, tenter de lui impulser un mouvement. Tout en le faisant, nous devons penser à la manière dont cette petite forme se redresse, se déplace, si elle va vers un endroit, et
dans quel but, comment elle observe ce qui l’entoure, si elle se rapproche ou non des autres…
C’est ici, que j’ai ressenti les liens immuables avec le Théâtre de marionnette : les principes de manipulations sont similaires quand il s’agit de donner vie, de créditer une matière inerte.
Pour approfondir nos sensations, nous essayons d’explorer d’autres matières. Pour nous montrer que tout est possible, Matt et Oliver nous invitent à choisir trois objets dans le théâtre et à réaliser le même travail qu’avec le sac poubelle : lui donner une autre vie, lui trouver un point de regard, le faire se déplacer…
Je note pour ma part une difficulté, le lâcher-prise. Il faut oublier que dans nos mains se trouve par exemple une ceinture, il faut la regarder avec les yeux et les mains d’un enfant, lui trouver des bruits, des mouvements, comprendre sa composition… Il faut se laisser guider par la matière, et comme un constructeur, lui proposer une sorte de résurrection… J’emploie le mot constructeur, pour ne pas dire créateur, et ainsi éviter de me donner une place trop importante par rapport à l’objet, car c’est ainsi –je suppose- qu’on peut oublier notre perception rationnelle d’un outil du quotidien, et laisser aller notre imagination au service de cet objet.
Vers le Théâtre…
Matt et Oliver ont terminé cet atelier, en nous demandant de faire une petite présentation de l’exploration de ces trois objets. Nous avons du les faire entrer en relation les uns entre les autres, et voir se créer sous nos yeux une forme de narration.
Matt et Oliver réalisent leurs spectacles ainsi, pour Suitcase Circus, nous assistons à la présentation de différents numéros d’un cirque miniature. Il s’agit d’objet transformés, détournés, et réinventés en personnages. On peut par exemple y voir une « cravate-serpent hypnotiseur », une théière chanteuse de cabaret, une balle de base-ball devenu homme canon…
En voyant leurs deux spectacles, le lien est encore plus frappant pour nous, après ces deux jours, comprenant leur processus de création, on en apprécie d’autant plus le résultat final…
Un mois plus tard, les sensations observées dans cet atelier sont toujours présentes, et presque plus fortes à mesure que nous étudions les principes de manipulation… Cette exploration est venue métamorphoser notre perception d’un certain quotidien, et nous laisser finalement, un doux pincement au coeur quand on sort nos poubelles…