ERWIN MOTOR / DEVOTION – 2ème semaine

Cette semaine, nous avançons dans la construction d’Erwin Motor/Dévotion, un projet collectif qui comprend non seulement un travail sur le texte et la manipulation des marionnettes, mais également sur la voix et les décors . Tous les stagiaires participent à chaque étape du travail ; du coup, parfois dans ce processus il ne s’agit même pas d’agrandir ses compétences mais plutôt de les découvrir pour la première fois; par exemple, il y a certains stagiaires habitués aux arts plastiques, tandis que d’autres sont  des nouveaux venus à cet aspect du stage…

Lundi 13/02, on travaille sur la voix en se focalisant notamment sur une exploration vocale des personnages. Tandis que certains des exercices ne semblent pas immédiatement pertinents, d’autres se révèlent particulièrement efficaces et mènent à des découvertes vraiment agréables. Par exemple, un des stagiaires accède de façon merveilleuse au coeur de son personnage en transformant un de ses monologues en rap. Même si le rap n’a vraiment rien à voir avec la pièce ni avec son style, il y a néanmoins quelque chose dans cette façon de déclamer qui a une forte parenté avec le personnage en question. On essaie également aujourd’hui de trouver le rythme des suspens, moments de respiration et souffles qui existent dans le texte, pour mieux comprendre le rythme de la pièce. Il s’agit de trouver l’érotisme de nos voix afin d’entrer vraiment dans le thème du désir qui caractérise fortement Erwin Motor. C’est un exercice surtout musical, comme le note Gaëlle, qui dirige le groupe aujourd’hui : « Notre objectif aujourd’hui, c’est de faire vivre [les] silences [dans le texte] ; [donc] notez les silences qui vous provoquent. » Il s’agit en quelque sorte de la découverte d’une partition musicale qui correspond au texte d’Erwin Motor. Gaëlle rappelle le groupe : « Pensez vocalement et variez les sons, » ce qui mène parfois à des réponses un peu ridicules : des aboiements, des cris d’orgasme, etc. Mais si cela aide les stagiaires à découvrir le coeur du texte, tant mieux.

Mardi 14/02, on reprend le travail textuel qu’on a commencé la semaine dernière. Quand j’entre dans le théâtre, je découvre l’enseignant Sophie en train de montrer une maquette au groupe.  À partir des dimensions de cet espace miniature, le groupe prend des décisions scéniques en ce qui concerne les manipulations d’arrière-plan, les lumières, le placement du personnage de Talzberg quand il surveille le personnage de Cécile, etc. À la différence de la veille, on se concentre surtout sur le texte et l’intériorité des personnages. Eloi Recoing souligne la simplicité de Cécile (pour diriger le travail d’un stagiaire qui a la tendance à aller trop loin dans son interprétation du personnage) : « Elle n’a pas d’arrière-pensées. Il faut qu’elle soit très simple. » De telles observations mènent aussi à une découverte physique des personnages : quand les stagiaires jouent à nouveau le texte, ils l’essaient avec des marionnettes portées ; tout à coup les relations physiques entre les personnages deviennent très fortes et nuancées. E.Recoing met l’accent sur le fait que le groupe est toujours en train d’experimenter : « on est dans une première étape où on essaie des choses […] pour trouver ce qui marche et ce qui ne marche pas. » C’est ainsi qu’on découvre les idées les plus belles, à mon avis – par exemple, celle d’une énorme Madame de Merteuil en tête de mousse flottante attachée à une couverture et avec des tiges pour bras, ce qui est très simple mais vraiment puissant au niveau visuel.

Mercredi 15/02, on commence par une très bonne idée : chacun prend un vers du grand monologue de monsieur Volanges, comme s’ils font tous partie de ce même personnage. Le résultat est vraiment frappant (du point de vue de l’auditoire autant que du point de vue théâtral) et me rappelle le style de narration communal (parfois choral) qui ponctue une de mes représentations préférées, celle de Nicholas Nickleby donnée par la Royal Shakespeare Company aux années 80. Eloi Recoing fait une observation intéressante à propos de Volanges : « En essayant de blesser quelqu’un d’autre [sa femme Cécile, de manière verbale], il se blesse lui-même avec ses propres paroles. » Cette remarque est suivie par un débat spirituel sur ce personnage : est-ce qu’il veut vraiment être castré, comme il le dit à Cécile ? Quelle est la différence entre l’aliénation d’une femme et celle d’un homme ? Cela touche peut-être trop sur le discours académique, mais ce sont pour la plupart des questions pertinentes quand même. Après, on reprend le même jeu, cette fois-ci avec des marionnettes ; et à mon avis, ça devient beaucoup mieux. « La marionnette propose une augmentation du jeu, » observe E.Recoing, et je suis d’accord – on remarque tout d’un coup beaucoup d’improvisation et d’exploration des moments de mobilité et d’immobilité des personnages.

Jeudi 16/02, c’est la dernière journée du stage avant les vacances de février. Cette journée représente un peu une différence par rapport à tout ce qui est arrivé avant ; on se concentre sur l’aspect plastique de notre travail en construisant des maquettes et des esquisses des marionnettes qu’on va construire. On décide, par exemple, que le visage de Cécile sera inspiré par des représentations anciennes de la Vierge Marie, avec un visage rond et simple. La journée est consacrée à ces décisions visuelles ; c’est un travail qui demande de la précision ainsi que des compétences artistiques. À la fin de la journée, les rôles sont distribués au groupe avant que chacun parte en vacances.

CARNAVAL DE PARIS 2012

Voici quelques photos des ateliers de construction de marionnettes géantes (gratuit, à partir de 12ans) réalisés par les habitants du 20ème, à l’occasion du Carnaval de Paris.

Bravo à tous !

Et c’est sous un grand soleil, que les franciliens ont pu danser toute l’après midi  du dimanche 19 février 2012 avec nos marionnettes géantes!

ERWIN MOTOR / DEVOTION

Depuis une semaine, les élèves de la formation annuelle ont entamé la création d’un projet collectif, sous la direction d’Eloi Recoing. Les 5 et 6 avril prochain, ils présenteront au public Erwin motor / dévotion, de Magalie Mougel.

Nicola McEldowney, étudiante à l’université Paris III Sorbonne-Nouvelle, tiendra le journal de cette création sur notre blog:

Désormais chaque semaine et jusqu’en avril, j’ai la chance d’observer un processus de création théâtrale au Théâtre aux Mains Nues. Sous la direction d’Eloi Recoing, un groupe de stagiaires est en train de créer ensemble une représentation d’ Erwin Motor / Dévotion, une pièce de théâtre courte mais frappante de la dramaturge Magali Mougel. Inspirée par Les Liaisons Dangereuses de Laclos, la pièce traite les thèmes du désir, de la manipulation et de la domination avec une touche à la fois poétique, inquiétante et surréaliste. Cette dernière qualité est soulignée par le fait que cette mise en scène au TMN s’effectue, bien sûr, avec … des marionnettes.

Voilà un petit résumé de notre première semaine ensemble :

 

Lundi 6 février, on commence en lisant et regardant ensemble quelques oeuvres (extraits des Liaisons DangereusesQuartett d’Heiner Müller, etc.) liées au projet que nous allons construire ensemble. Ceci donne une base au travail qui suivra. Je remarque ensuite la vivacité avec laquelle les stagiaires discutent les oeuvres. Le groupe parle des personnages et de leurs motivations avec une telle énergie qu’on pourrait penser que ce sont eux les auteurs ! Il va sans dire que cela est de très bon augure pour la suite de leur travail ensemble …

 

Mardi 7 février, Eloi Recoing nous rejoint pour diriger l’équipe. Je suis impressionnée par une de ses premières remarques : il indique au groupe que ce travail ensemble se fera à partir de « vos imaginations et contributions ». C’est une remarque qui établit la nature harmonieuse et partagée de leur projet. Souvent, quand il y a une décision à prendre qui touche tous les stagiaires, E.Recoing laisse l’essentiel de la décision au groupe, ce qui m’impressionne étant donné une forte tendance que j’ai souvent remarquée chez les metteurs en scène à être plutôt directifs. En revanche, ici le groupe est bien mené, la continuité d’une répétition constamment gardée. Chaque étape est immédiatement suivie par la prochaine au lieu d’être paralysée par des propos. On passe ensuite à la lecture à la table d’Erwin Motor, un texte tellement évocateur d’images et d’émotions que je finis par avoir très envie de le mettre en scène moi-même. Je note des idées et même des esquisses sur mon texte, bien que mes idées soient mieux que mes esquisses (ce qui explique peut-être pourquoi je suis étudiante et non dessinatrice).

 

Mercredi 8 février, on travaille sur le texte ainsi que sur la manipulation de marionnettes. On commence par un exercice de rythme : E.Recoing donne à chaque stagiaire sa propre marionnette à gaine, actionne un métronome et dit, « Pour aller avec la cadence, trouvez votre rythme avec la marionnette ». Cet exercice se rapporte à un des thèmes centraux du texte de M.Mougel : celui du travail répétitif et mécanisé. L’exercice devient de temps en temps plus nuancé. Par exemple, on commence à passer un bâton entre les marionnettes, puis à travailler chacun avec son propre bâton afin de « trouver sa propre harmonie gestuelle » (comme le dit E.Recoing). Il est vraiment intéressant de voir les différentes façons dont chaque stagiaire interprète le même exercice ; après assez de temps et d’évolution de l’exercice de la part des stagiaires, je me dis que c’est essentiellement devenu une variété de danses entre marionnettes et bâtons. Le groupe travaille ensuite sur les premières scènes d’Erwin Motor, avec un accent particulier mis sur les éléments verbaux et la façon de « parler » le texte. Puisque M.Mougel a écrit son texte en vers, E.Recoing précise que : « il ne faut pas trop [le] fractionner. On perd le rythme ». Il faut garder en tête la musicalité qu’on a découverte lors des premiers exercices de la journée.

Le moment le plus intéressant de la journée, à mon avis, est celui des « marionnettes portées », où les marionnettistes travaillent deux par deux, à travers les manches d’une même veste. Il faut donc trouver une synchronisation entre les deux personnes, une harmonie de partenariat. Comme les stagiaires ne connaissent pas encore le texte, ils se divisent en deux groupes : manipulateurs et lecteurs. Les résultats sont vraiment beaux : tandis que certains lisent, les autres peuvent se perdre dans la découverte physique de leurs marionnettes.

 

Jeudi 9 février, on commence par un nouvel échauffement avec le métronome. Je remarque que certains des stagiaires préfèrent garder le rythme du métronome tandis que d’autres choisissent de n’en pas tenir compte. Je suis particulièrement fascinée par le travail d’une stagiaire qui, semblant complètement indifférente au métronome, créé néanmoins une ambiance de « travail mécanisé » et une relation forte entre elle et sa marionnette. C’est comme si marionnette et marionnettiste existaient ensemble, seules, sur leur propre planète, indépendamment des bruits du métronome.

Un de nos « devoirs » pour la semaine était de trouver de l’iconographie représentant pour nous les 4 personnages de la pièce de M.Mougel, ce que nous apportons aujourd’hui ; la semaine prochaine, ce sera des morceaux de musique. C’est une façon très riche de découvrir profondément les personnages sur lesquels on va travailler ensemble pendant quelques mois. Les stagiaires ont déjà beaucoup d’idées intéressantes ; celles-ci vont sûrement évoluer au cours du stage …