ERWIN MOTOR / DEVOTION – 6ème semaine

LUNDI 26 MARS – Cette semaine, on recommence avec Gaëlle par une série d’exercices d’inspiration et d’expiration qui préparent le groupe pour leur travail qui suit. Ensuite, on passe à des exercices vocaux et physiques afin d’échauffer le corps entier ; comme le remarque quelques stagiaires, « Ça fait du bien ! » C’est en effet une façon bien agréable de commencer un lundi matin.

Ensuite, ils travaillent sur l’air de la Reine de la Nuit de La flûte enchantée de Mozart ; cette chanson sera sans doute le leitmotiv du personnage de Madame de Merteuil. Les exercices vocaux du début de la journée évidemment pour aider avec les notes aigues, dont il y a beaucoup. Effectivement, la difficulté de la chanson tracasse certains des stagiaires, mais Gaëlle les rappelle : « Il ne faut pas s’énerver, ça complique la chose ! Il faut se détendre et ne pas être crispé. »
Comme toujours, Gaëlle travaille de façon extrêmement soigneuse avec les stagiaires. Elle travaille avec eux sur les mots, les syllabes, les prononciations : il faut que chaque élément vocal soit travaillé, et en effet on entend immédiatement l’évolution de leur travail vocal. Gaëlle donne également de conseils théâtraux. Par exemple, dans une scène où M. Talzberg coupe la parole de Cécile : « Tu sais qu’elle n’a pas encore fini. Toi [l’acteur], tu as mémorisé, mais maintenant il faut pousser [plus loin]. [Faites tout ce que vous pouvez] afin d’arriver aux bons mots, aux bonnes tonalités … ! » À l’une des autre stagiaires, elle conseille : « Tu tapes trop sur les mots – fais-les plus ‘volontairement’. » La stagiaire, pour sa part, commence du coup à  chercher des façons de parler qui lui sont moins habituelles, ce qui fait remarquer à Gaëlle : « C’est bien ; il y avait des choses un peu systématiques dans ton énergie … il ne faut jamais tomber dans la neutralité ! »

À propos du texte d’Erwin Motor, elle note : « Ce texte vous oblige, en tant qu’interprète, à travailler aussi le sous-texte ; vous ne savez pas au préalable ce que vous allez dire. Installez-vous dans l’instant – ça peut être vertigineux quand on joue mais faîtes-le quand même ! » Évidemment cela évite de donner l’impression que l’acteur pense à votre prochaine réplique, qu’il essaie de manière paniquée de se souvenir de son texte !
La dernière scène sur laquelle on travaille est l’une des scènes entre Talzberg et Cécile. Encore une fois, l’objectif des comédiens ici est de « se situer vraiment dans [leurs] pensées, » de sembler parler en même temps qu’ils pensent. Gaëlle dit au groupe : « Ce qui est difficile dans ce vaste texte, c’est de ne pas s’y noyer – mais il faut qu’on joue et ne s’y noie pas ! » On travaille également sur une sorte de « musicalisation » d’un moment où Cécile pleure, pour lequel on ajoute une berceuse qui complète de manière émouvante ses sanglots. Il semble qu’il y beaucoup de musicalité présente dans Erwin Motor

MARDI 27 MARS, on est rejoint par Christian Remer qui travaille avec les stagiaires sur la manipulation des marionnettes portées. Il travaille même sur de petits détails tels que la position d’une main. Il travaille ce matin avec Louis et Laura sur leur manipulation à deux de la marionnette portée et on peut voir comment ce travail devient de plus en plus animé, nuancé. Ils rappellent les stagiaires de travailler à partir des positions que prend le corps dans la vie réelle – c’est ce genre de chose qui est très simple et pourtant vraiment difficile à rappeler quand on travaille avec une marionnette portée !

On commence également à ajouter du son, ainsi que certains costumes et objets sur scène. Du coup, Erwin Motor a de plus en plus l’apparence d’un vrai spectacle. On a vraiment l’impression de quelque chose de sinistre sur le point d’arriver, en particulier en raison de la nouvelle « musique de l’usine » (jouée entre scènes) qui n’évoque pas seulement une usine mais aussi les battements sinistres d’un cœur…

On travaille ensuite sur la première apparition de Madame de Merteuil. Pour moi, ce personnage a l’air extrêmement sinistre, comme une combinaison de prédateur sexuel, chauve-souris et mime (ce dernier parce qu’elle a aussi un masque blanc et des mains blanches de mannequin). Son apparence est d’autant plus mise en valeur par la jambe de Paulette qui fait apparition à l’autre bout de la scène (pour donner l’impression que Mme de Merteuil est d’autant plus énorme, donc dominante) !

On est vraiment entouré par une ambiance passionnante d’interdisciplinarité et de synergie d’activités. Par exemple, pendant que j’écris ces mots, Christian travaille avec Léa (qui joue Madame de Merteuil) sur ces poses corporelles (particulièrement en ce qui concerne ces jambes et ses mains de mannequin) ; Romain régit les lumières et les rideaux et Louis et Laura travaillent sur leur manipulation partagée de la marionnette de M. Talzberg. On est arrivé à un beau moment de réglage et c’est vraiment agréable de voir Erwin Motor à ce stade de son évolution.

Les relations entre marionnettistes et marionnettes, ainsi que celles entre acteurs, deviennent de plus en plus fortes et subtiles. Par exemple, dans une scène entre Talzberg et Cécile, quand Talzberg approche de Cécile, Dorine (la stagiaire qui manipule Cécile) fait en sorte que le corps de Cécile – et non son propre corps ! – se détourne dans l’autre direction, une réaction très nuancée et efficace. Toutes les scènes deviennent de plus en plus remplies de tels détails.

Ensuite, le groupe travaille sur la scène 10 et les rôles des objets qui en font partie. On se concentre en particulier sur des essais de rendre « marionnettique » ces objets – on est à la recherche de solutions créatives et inattendues. On expérimente, par exemple, avec les mains d’un mannequin, un ancien téléphone rouge et un masque « vraiment monstrueux (comme le dit Éloi) suspendu en haut pour représenter le personnage de Madame de Merteuil. Étant donné que dans cette scène il s’agit de Mme de Merteuil au téléphone avec quelqu’un qui n’est pas présent sur scène, Eloi conseille : « Il faut faire exister le partenaire invisible ! Profite des blancs [dans le texte] pour ajouter la conversation à l’autre bout de la ligne. » Il conseille aussi d’insister sur la « vulgarité et violence » du personnage de Mme de Merteuil sans être trop monotone dans sa colère. Ce sont deux conseils qui enrichissent le travail de l’acteur ainsi que la scène elle-même.

Comme on est tout à la fin du processus des répétitions, il arrive que certains des comédiens deviennent angoissés (de ne pas avoir réussi à bien mémoriser le texte, etc. …). Éloi rassure le groupe, « dans un processus de répétition, il y a toujours de belles choses qui se produisent à la dernière minute. » Alors, l’angoisse ne sert à rien !

MERCREDI 28 MARS – La groupe commence ce matin en travaillant sur la séquence qui se compose des scènes 6, 7 et 8 « chez les Volanges ». Comme l’explique Eloi, « C’est une grosse séquence. Le principe, c’est qu’on a travaillé sur l’idée des figures arrêtées dans une étape de l’échange dans chaque scène : avant, pendant, après. »

Dans la scène 6 entre Volanges et Cécile, le jeu physique est devenu vraiment beau. Il y a toujours du travail a faire sur l’angle des marionnettes, la position de chaque être sur scène, mais on arrive peu à peu à tout améliorer. Eloi conseille à Paulette et Dorine, les deux stagiaires qui partagent la manipulation de Cécile : « Faire attention à la respiration de votre marionnette ! »  Les marionnettes portées sont vraiment des acteurs supplémentaires sur scène…

Il va de soi que physiquement, ces marionnettes sont des acteurs vraiment bizarres. Leurs têtes sont si petites que l’œil de spectateur n’est pas toujours vraiment attiré par leurs visages – c’est quand même beau de les regarder et se rendre compte de la nature détaillée de la manipulation, la synchronisation des corps, le travail des voix, etc. Essentiellement, il ne nous reste maintenant qu’à peaufiner notre présentation. Par exemple, Éloi conseille aux deux manipulatrices de Cécile : « Quand vous êtes trop serrées, les marionnettes vivent moins bien ». Donc il faut qu’elles travaillent ensemble pour trouver comment mettre la marionnette physiquement en valeur, pour découvrir de belles solutions.

Ensuite, Christian travaille avec les marionnettistes sur les détails de leur manipulation. Quand il s’agit de la manipulation en partenariat avec une marionnette portée, le travail du marionnettiste derrière me semble particulièrement difficile. Ce marionnettiste doit en quelque sorte se lier, bouger en complémentarité avec la marionnette, tout en se synchronisant complètement avec le marionnettiste devant. C’est un travail d’une énorme complexité.

Au fur et à mesure que les stagiaires travaillent avec Christian, leur travail physique devient de plus en plus beau, un peu comme un ballet entre deux marionnettes portées et leurs quatre manipulateurs. Et pourtant il est vrai qu’on commence à remarquer de moins en moins les manipulateurs, de se concentrer de plus en plus sur les visages des marionnettes portées.

JEUDI 29 MARS : Aujourd’hui, Éloi remarque au groupe que notre représentation d’Erwin Motor sera la première mondiale de ce texte ! Ce qui peut faire un peu peur aux acteurs qui le jouent … Mais il nous rappelle quand même que la panique ne sert à rien, parce que finalement, il s’agit quand même d’un travail étudiant : « Pas de panique. On est dans une école ; on apprend pour travailler. » Et on travaille pour apprendre, aussi.

On continue aujourd’hui notre travail sur les séquences « chez les Volanges » en nous concentrant sur la synchronisation de tout ce qui se passe sur scène, Il s’agit d’une variété de travaux comprenant plusieurs individus et marionnettes : Cécile (manipulée par Paulette et Dorine) interagit avec Volanges (manipulé par Léa et Olivia), tandis que Louis, aux marges de la scène, donne la voix à celui-ci. Il faut alors que les mouvements de Volanges soient bien synchronisés avec la voix de Louis, ce qui n’est pas un travail facile. Les acteurs s’efforcent tous à être physiquement et vocalement en harmonie les uns avec les autres.

Le résultat est que la scène devient remplie d’une grande émotion. Christian remarque à la fin qu’elle a une sensibilité « vraiment bunraku » et physiquement très mouvante. Éloi ajoute : « Le pouvoir de ce texte, ce qui est vraiment émouvant, c’est le rôle des mots et en particulier leur pouvoir de faire mal. » Le travail suivant concerne comment faire pleurer le personnage de Volanges. Cela complique d’autant plus la synchronisation des mouvements de cette marionnette avec la voix de Louis. Christian remarque quant à la manipulation de Volanges : «  C’est comme si [Cécile] lui donne une réplique et cela se manifeste en des réactions physiques de sa part. » À partir de cette idée riche, il faut improviser physiquement afin de trouver une solution qui va bien avec les éléments vocaux.

On travaille finalement sur la complexité théâtrale de la scène entre Madame de Merteuil et Monsieur Volanges. Madame de Merteuil, un personnage qui a beaucoup changé pendant cette semaine, est maintenant représentée par une grande marionnette portée avec un masque démoniaque et un corps fait d’une couverture. Après, le groupe discute les intentions des personnages : « Il faut qu’il y ait un danger pour Merteuil », dit Éloi, pour que son personnage ait un objectif complexe et pour que les tensions de la scène puissent devenir de plus en plus multiples et nuancées. Il s’agit d’ « une scène d’humiliation » comme la caractérise Éloi, « mais en même temps, il y a quelque chose d’humain » dans cette séquence – tout comme partout dans le texte de Magali Mougel ; il n’y a rien de simpliste.

ERWIN MOTOR: DEVOTION – 5ème semaine

Une nouvelle semaine de travail intense au théâtre, car la première arrive à grand pas !

Mardi 20/03 :

Nous avons commencé à travailler sur la séquence 11. Nous avons décidé, du point de vue de la scénographie, que les éléments du décor avanceraient peu à peu en avant scène, comme une fuite en avant, jusqu’à la scène final du départ de Cécile.

C’est la fameuse scène du « viol » de Cécile par Talzberg. Les ouvrières sont en gaines, manipulées en corps castelet avec les établis. Deux sont disposés en avant scène, un autre au lointain. Il a deux manipulateurs pour la marionnette de Cécile, alors que Talzberg est en acteur. Ce rapport entre acteur et marionnette rend plus supportable cette scène, car elle suggère plus qu’elle n’illustre.

Pendant l’interlude, arrive Volanges qui détruit tout (c’est à dire qu’il renverse tous les établis).  Puis la séquence 12 démarre, avec Merteuil en marionnette portée géante. Elle commence par apparaître derrière la porte. Nous avons donc : deux manipulateurs pour la marionnette de Volanges et une voix extérieure pour la diction du texte, ainsi que deux manipulateurs pour la marionnette géante.  De cette manière, Volanges reste un personnage dominé, même si c’est lui qui détient l’arme. C’est Merteuil qui maitrise totalement la scène. Il faut malgré tout qu’il subsiste dans cette scène un enjeu de mort, due à la présence du pistolet. En effet,  Volanges peut à tout moment tirer sur Merteuil…

Dans l’après midi, pendant que les élèves travaillaient sur le personnage de Merteuil en masque, j’ai continuer à avancé sur la tête de la marionnette géante de Merteuil. Elle sera finalement faite en papier, tout come son masque.

La proposition faite par les élèves pour le personnage de Merteuil sera finalement gardée. En plus de la marionnette géante, Merteuil apparaitra aussi en masque (le masque est posé sur le front du manipulateur, créant ainsi une attitude quasi animale.).

Mercredi 23/03 :

Nous avons commencé par la séquence 13, le « climax » de la pièce, fameux moment où Volanges ordonne à Cécile « coupe ! ». Cette scène est traitée en marionnettes, avec deux manipulateurs pour Volanges, et deux pour Cécile. Une voix off récite des morceaux de textes, réminiscence des paroles déjà dites par les autres personnages.

Pour la dernière scène, les quatre établis sont en avant scène, disposés en diagonale. Trois ouvrières en gaine sont installés à l’intérieur des établis et jouent en corps castelet. Cécile, au centre,  est manipulé par deux personnes dont Tazberg (en acteur). Merteuil  et Talzberg sont situés de part et d’autre de Cécile. Le personnage de Merteuil est traité avec le masque sur le front, ou en marionnette géante.

Jeudi 22/03 :

Finalement, il est décidé pour la scène 14 que Merteuil est traité en masque avec les mains du mannequin et des talons haut (créant ainsi une sorte de créature hybride, à la frontière de l’humain et de l’animal).  Au fur et à mesure de sa tirade, Cécile enlève sa propre tête, puis se regarde elle-même, comme un reflet. La tête se détache et devient autonome, alors que Cécile se détache petit à petit de la marionnette pour devenir actrice. Cécile s’en va par la forêt sur ces derniers mots, alors que Talzberg et Merteuil se rapprochent côte à côte, au centre de la scène.

Sophie est passé en fin de matinée pour définir avec nous un récapitulatif des différents espaces de la pièce, ainsi qu’une liste plus exhaustive des accessoires qui manquent. Nous avons décidé que les ouvrières porteraient des chaussettes (une noire, l’autre blanche). Au niveau de la construction :

–          les arbres sont découpés mais ne sont pas tous collés,

–          il faut faire des raccords de peinture pour les établis,

–          les portes ont étés fixées au mur central

–          la tête de Merteuil/marionnette géante est en court de séchage, ainsi que son masque

–          il faut faire deux autres têtes neutres.

Samedi 24/03 : Journée portes ouvertes au théâtre.

Nous avons commencé à répéter à 13h par la première séquence. Des précisions ont été apportées, quant aux gestes des ouvrières et au costume de Cécile. Nous avons pu retravailler aussi le moment de la « métamorphose » de Cécile en marionnette. S’en est suivie une ouverture au public de la répétition, afin de présenter le travail en cours.

ERWIN MOTOR: DEVOTION – 4ème semaine

Cette semaine, on avance à grands pas dans notre travail sur Erwin Motor, une création théâtrale qui commence à devenir à prendre forme …

Mardi 13 mars : Aujourd’hui, la scénographie ayant été finie, l’accent est remis sur le jeu d’acteur. Recommençant par la première scène d’Erwin Motor, les stagiaires continuent à expérimenter avec la « work song » sur laquelle ils ont travaillé la semaine dernière pour une musique d’ouverture du spectacle. Ils expérimentent aussi avec leur placement sur scène par rapport aux nouveaux éléments de décors afin de devenir de plus en plus à l’aise avec cette variété d’objets qui est tout à coup autour d’eux. Alors on peut dire que tous les éléments de leur travail (chant, scénographie, mise en scène… ) sont maintenant en fusion.

En plus, de nouvelles relations (physiques, émotionnelles, etc.) commencent à évoluer entre les personnages de la pièce. Ayant déjà joué la première scène une fois sans marionnettes, il est intéressant de voir comment cette même scène se transforme en quelque chose de complètement inattendu dès que les marionnettes à gaine y sont ajoutées. On peut dire que cela change la relation des « ouvrières » à leur « travail » : on voit un jeu différent chez chaque actrice individuelle (certaines d’entre elles semblent travailler en parallèle avec leurs marionnettes ; d’autres en une sorte de symbiose… ).  Il reste aussi des éléments musicaux à considérer, pour la plupart au niveau de la mécanisation, voire rigidité rythmique des deux premières scènes de la pièce.

Pour bien nous situer dans l’histoire, Eloi Recoing précise (par rapport à l’histoire d’Erwin Motor en général) qu’il faut que nous soyons tous d’accord sur « où on est » : est-ce qu’il s’agit d’un cauchemar de Cécile Volanges ? Ou bien d’un fantasme de M. Talzberg qu’il projète sur le reste du monde ? Ou peut-être même une autre sorte de réalité alternative ? …

Par rapport à Cécile, on considère également l’interprétation de ce personnage au moment de son apparition. « Je sens qu’il y a une ironie incluse quand elle dit qu’il faut que les femmes soient ‘performantes’, » remarque E. Recoing. « Il faut le souligner pour que le personnage ne devienne pas complètement soumise à tout. » Et pourtant, d’une certaine façon, elle est effectivement soumise à tout. Étant donné cet ensemble de traits apparemment « contradictoires, » c’est à l’actrice qui joue le rôle de trouver ses propres « vérités » à propos du personnage. Le metteur-en-scène, comme le remarque E. Recoing, ne peut que lui donner des suggestions et des pistes.

On travaille ensuite sur une sorte de pantomime prolongée entre deux marionnettes portées (représentant Cécile et Talzberg). Les manipulateurs utilisent leurs bras ainsi que leurs jambes afin d’être expressifs à travers les marionnettes, et ce faisant enrichissent la relation entre les deux personnages. Étant donné que chaque groupe se compose de deux personnes et une marionnette, E. Recoing l’appelle un « tango à trois ». Cela continue en se transformant en une répétition de la 3ème scène avec les marionnettes portées. L’attention est attirée en particulier par les mouvements des jambes des acteurs, qui travaillent aussi comme les jambes de la marionnette. Ils parlent de l’idée d’une métamorphose entre acteur et marionnette. Eloi Recoing remarque : « Faites en sorte que les marionnettes soient à l’écoute les unes les autres. Elles doivent entrer dans un rapport entre elles ; il ne faut pas que l’acteur oublie la marionnette / la marionnette devienne moins vivante. »

Mercredi 14 mars : On reprend aujourd’hui la scène 4 – le moment de l’apparition de Madame de Merteuil – en ajoutant à son entrée la musique de Mozart. Les stagiaires expérimentent avec le costume, les décors et la relation entre l’actrice qui joue Mme de Merteuil et la marionnette portée qui représente M. Talzberg. On expérimente aussi avec l’expression corporelle de Mme de Merteuil, par exemple avec trois actrices à moitié cachées qui utilisent leurs bras et jambes afin de « démultiplier le corps » du personnage. Cela donne l’impression que Mme de Merteuil a au moins trois ou quatre jambes, une suggestion qui va bien avec ce personnage sinistrement dominant …
En passant à la scène 5, on travaille sur quelques improvisations. Eloi Recoing insiste sur le côté physique du travail en disant aux stagiaires de créer « une sorte de ballet » à partir de cette scène. Ils le font en travaillant même sur les détails très précis tels que les regards entre personnages et la subtilité des gestes. Toute nuance est en train d’être préparée.

Ensuite, en travaillant sur les séquences suivantes à propos des Volanges à la maison, le groupe se pose une question : en ce qui concerne les marionnettes portées, faut-il manipuler en solo ou en duo ? Le faite de le faire en solo limite les gestes possibles, remarque quelqu’un. Quant à E. Recoing, il trouve que la question la plus importante est celle de savoir avec qui il faut s’associer Cécile : il ne faut pas que le public l’associe à une personne au lieu d’une marionnette. Du coup, il vaut mieux qu’il soit deux personnes qui manipulent ensemble une marionnette qui reste constante.

Jeudi 15 mars : Etant donné l’accélération du processus de création d’Erwin Motor, on commence aujourd’hui par travailler sur plusieurs éléments en même temps : des considérations sur l’espace théâtral ; les accessoires ; les détails musicaux tels qu’un leitmotiv pour Mme de Merteuil …

Ensuite, on répète – cette fois-ci avec des lumières et de la scénographie – la scène 9 entre M. Talzberg et Cécile, chaque marionnette manipulée par deux personnes en même temps. Le travail des élèves s’améliore. Par exemple, quand M. Talzberg menace Cécile, les mouvements du corps du premier ont l’air vraiment onctueux et dangereux, et Cécile pour sa part semble vraiment inquiete. À un niveau textuel, c’est un travail individuel pour chaque stagiaire, mais à un niveau physique, il s’agit vraiment d’un travail à deux.

Par rapport à ce travail en partenariat, il arrive un moment intéressant quand ils jouent avec l’idée de faire pleurer la marionnette Cécile. Sa deuxième manipulatrice, à moitié cachée derrière la première, commence à faire semblant de sangloter, en se cachant de la vue du public. La manipulatrice devant, quant à elle, expérimente avec les mouvements corporels de la marionnette et cherche une fusion de cette physicalité avec les sanglots de sa partenaire (comme le dit E. Recoing : « Joue avec tes pieds, ils prennent  partie de l’acte de pleurer … « ). L’effet est vraiment nuancé et fort.

Le groupe discute ensuite de l’unité de tous ces éléments sur scène, ce qui est nécessaire étant donné la grande variété de ces éléments. E.Recoing remarque simplement que « il faut que tout ce qui est ajouté à ce monde, soit de ce monde« . On a déjà crée un univers très complexe et détaillé, alors il ne sert à rien d’ajouter des choses qui n’en font pas partie. Autrement dit, même si l’univers d’Erwin Motor est vaste, il faut quand même respecter ses limites.  E. Recoing remarque que même chaque petit élément de l’univers, tels qu’une paire de chaussures, possède le pouvoir d’y « ajouter sa propre identité. » Il faut donc que chaque élément soit bien intégré.

Pour la séquence 10, encore une fois dominé par Mme de Merteuil, on expérimente en y ajoutant des objets : un téléphone, un foulard, même des jambes et des bras d’un mannequin, avec lesquelles jouent les stagiaires. Eloi Recoing fait la remarque qu’il faut « qu’elle soit une femme composite, en fragments – pas exactement du même monde que les marionnettes. » On essaie aussi d’ajouter des masques au personnage et à la scène ; tout comme avec les jambes et bras du mannequin, l’effet physique est impressionnant. Mais l’idée n’est pas forcément définitive, tout comme beaucoup d’autres idées qu’ils ont essayées. Finalement quelqu’un remarque: il y a trop d’idées autour de ce personnage de Madame de Merteuil ! Il est vrai que ce personnage inspire beaucoup de réflexion et de créativité, mais il ne nous reste pas énormément de temps. Donc il va de soi qu’on va bientôt choisir des idées définitives, même si heureusement on a toujours la chance, pour l’instant, de trouver de belles choses en improvisant …

ERWIN MOTOR: DEVOTION – 3ème semaine

Cette semaine, c’est la reprise de notre travail sur la pièce Erwin Motor/Dévotion à la suite de deux semaines de vacances. Après avoir reçu la distribution des rôles juste avant les vacances, les stagiaires reviennent au Théâtre aux Mains Nues ayant bien répété leurs répliques, réfléchi sur le texte et enrichi leurs personnages. On espère qu’ils se sont bien réposés aussi !

Voici comment s’est déroulée cette troisième semaine de travail et de création collective. (Comme le jeudi 08 mars a été largement consacré à la construction du décor, je me concentre surtout cette semaine sur lundi, mardi et mercredi).

Lundi 05 mars – On commence la rentrée par des échauffements corporels et vocaux avant de travailler avec Gaëlle sur quelques chansons gospel (« work songs »), une idée évoquée lors de notre première lecture de table il y a quelques semaines. Aujourd’hui, on ajoute un élément textuel à nos échauffements : on respire et expire en prononçant chaque fois un seul mot du texte d’Erwin Motor. Comme l’observe Gaëlle, c’est une façon de devenir de plus en plus détendu en prononçant le texte.

En effet, en chantant les work songs, on travaille surtout sur le fait de se mettre à l’aise avec la fluidité de la musique, en particulier quand ils chant tous ensemble. Comme le remarque Gaëlle, le but ici est « de faire vivre le cœur des [ouvrières] qui, a priori, n’existent pas. On veut créer la notion d’une multitude. Il faut que ce gospel ait l’air qu’avait le gospel en premier lieu : celui des prisonniers qui ont quand même une histoire. »

Le groupe répète notamment la chanson « Like a river » en travaillant en particulier sur sa vitesse (« Le but est d’accélérer peu à peu »). Ils jouent aussi avec des claves afin d’ajouter du rythme à leur travail. Finalement, on met en scène un chœur d’ouvrières avec Cécile Volanges au milieu (« mais on ne sait pas qui c’est, » précise Gaëlle). Ils continuent à utiliser les claves afin d’ajouter un son répétitif « dont personne ne connaît la source ». Évidemment, cette mise en scène improvisée est remplie de mystères …

Les stagiaires expérimentent avec le rythme de la scène et avec la question de savoir comment partager leurs répliques chantées. De plus en plus, elles commencent à synchroniser leurs « mouvements d’ouvrières » avec ce qu’elles chantent. Du coup, elles deviennent de plus en plus un groupe.

Finalement, tout le monde écoute l’air de la Reine de la Nuit de La flûte enchantée de Mozart, afin de créer des fondements musicaux pour le personnage de Madame de Merteuil. « Vous êtes assez libre, » dit Gaëlle. « J’ai envie de ne vous donner que ces matières musicales et votre texte. » Puis, c’est aux stagiaires à faire vivre leurs propres créations mélangeant les deux. Il s’agit finalement des essais par les stagiaires du texte mélangé avec la chanson (approximative) de la Reine de la Nuit. Par exemple, un des stagiaires essaie de mettre chaque question que pose Madame de Merteuil dans l’introduction orchestrale à l’air de la Reine. L’exercice est laissé libre ; un autre stagiaire parle tout simplement pendant que la musique est jouée, et cette approche est efficace elle aussi. Gaëlle parle ainsi de la liberté de l’exercice : « La musique vous envoie quelque chose, est vous le traduisez de manière complètement libre. [Il faut] faire lire à l’intérieur de toi. »

Mardi 06 mars – Aujourd’hui, le groupe repart du début du texte. Le début de la journée est consacré aux considérations techniques telles que la création d’une bande sonore pour leur présentation du travail. En plus, la stagiaire Marion, douée en arts plastiques, a créé de nombreuses têtes de marionnette évoquant chaque personnage de la pièce. Elles évoquent également le théâtre Nô, sur lequel on a regardé ensemble un livre au début du stage.

Après deux semaines de pause, il faut une nouvelle lecture du texte en groupe afin de bien s’insérer à nouveau dans l’univers d’Erwin Motor. Ils retravaillent les séquences de la pièce une par une. Le fait de réécouter les stagiaires, comme le remarque Eloi Recoing, « nous fait revenir du premier degré [de notre travail ensemble] – c’est-à-dire qu’on peut jouer sans 9 000 arrière-pensées. » Ce nouveau départ est valable pour tout le monde : en plus, il alimente les inspirations visuelles de Sophie (la scénographe) qui les regarde et considère en même temps sa maquette. Du coup, on est témoin aujourd’hui d’une synergie, une sorte de dialogue entre le texte d’Erwin Motor et la création visuelle à venir.

Prochainement, on travaille sur les séquences 6, 7 et 8 du texte, qui ont lieu chez les Volanges. On continue au fur et à mesure à penser non seulement aux images mais aussi à l’évolution du personnage de Volanges pendant ces scènes. Comme le remarque E.Recoing, « Sa violence monte, puis elle arrive. […] Effectivement, ces scènes nous montrent une sorte d’ ‘avant, pendant, après’. » Ici, on perçoit très clairement le travail qu’ont fait les stagiaires pendant leurs vacances sur leurs personnages et sur le texte. Tous les quatre personnages, déjà complexes, commencent à avoir de plus en plus de profondeur …

Mercredi 07 mars – On commence aujourd’hui par travailler sur les scènes 11 et 12 faites « en acteur », c’est-à-dire sans marionnettes. Pour cette partie du travail, Eloi Recoing se concentre sur des considérations du jeu d’acteur. Par exemple, il conseille un des stagiaires (qui joue le rôle de M. Volanges) à propos de son monologue au début de la scène 11 : « C’est comme un monologue hamletien, comme s’il s’adressait à lui-même … [Mais par rapport au public], sois précis dans le désir de faire entendre la partition qui est la tienne. » Le groupe se focalise aussi sur quelques considérations musicales, par exemple l’exercice de prononcer le texte comme s’il s’agit d’une aria d’opéra, ou du « leitmotiv » musical d’un des personnages.

Le groupe entre ensuite dans un exercice d’improvisation marionnettique sur la scène 11 qu’ils viennent de lire : cette fois-ci, il s’agit d’une interaction physique entre deux marionnettes portées représentant M. Talzberg et Cécile Volanges, chacune manipulée par deux stagiaires pendant que deux autres à côté lisent le texte de ces mêmes personnages. Les stagiaires qui manipulent se posent la question de savoir comment bien manipuler une marionnette portée, étant donné qu’il s’agit d’un travail de coordination entre tout un assortiment de bras, jambes, mains … Ensemble ils trouvent de bonnes solutions, en particulier en ce qui concerne la synchronisation de leurs marionnettes avec le texte parlé par les autres acteurs.

Ils continuent par répéter la dernière scène, pour laquelle ils sont toujours en train de créer ensemble une mise en scène. En dehors du texte proprement dit, ils entrent dans une discussion sur la sexualité afin de découvrir quelles sont les relations entre les personnages dans cette scène. Ils regardent ensuite une variété de têtes possibles pour leurs marionnettes portées afin de décider quelle tête, quel visage, quelle expression s’associe bien avec chaque personnage. Cela indique leur entrée dans le monde de la construction plastique pour le spectacle ; l’essentiel ici est qu’on partage bien les tâches. Comme le note Eloi Recoing : « [Si tout le monde construit indépendamment des autres], il y a un risque de disparité. Alors il faut qu’on arrive à une unité stylistique. » C’est ainsi que le groupe passe pendant le reste de leur journée de travail aux décors, modelage, bricolage sur scène … tout d’un coup il y a beaucoup de bois par terre. Tout avance !

Jeudi 08 mars

Mon résumé de jeudi est court parce qu’il s’agit d’une journée essentiellement consacrée au bricolage. On voit le décor d’Erwin Motor, ce qu’on n’a vu jusqu’à maintenant qu’en maquette, commence peu à peu à vivre en grande taille.

Pendant ce temps, dans les coulisses, Marion continue son travail soigneux sur les têtes des marionnettes pendant que d’autres stagiaires travaillent sur les dessins de l’intérieur des vitrines. Le monde visuel d’Erwin Motor commence à prendre sa forme !